Prévoir l'avenir des technologies en l'an 2005 est un jeu dangereux, auquel se frottera néanmoins le vice-président scientifique du Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), Denis Poussart, à l'occasion de deux conférences au cours des prochaines semaines. Il a accepté de partager à l'avance sa vision avec Multimédium.
«C'est très prétentieux de faire cet exercice-là», reconnaît d'emblée Denis Poussart, qui est également (et surtout) Professeur titulaire au département de génie électrique et de génie informatique de l'Université Laval, où il dirige le Laboratoire de vision et systèmes numériques.
«Je suis un peu philosophique, mais tout dépend de ce que l'on entend par le mot "technologies", poursuit-il. C'est un mot qui est utilisé à toutes les sauces. Plusieurs de ce que l'on pourrait appeler les "nouvelles technologies" vont être en fait de l'intégration bien faite de choses existantes. On prend du sans-fil, de la reconnaissance de la voix, de la mobilité, de la robotique, des réseaux haute-performance, on arrive à trouver une fusion entre tout cela et on finit par arriver à quelques chose de "nouveau".»
Selon M.Poussart, l'avenir n'est donc peut-être pas tant dans de grandes nouveautés révolutionnaires que dans des réorganisations d'apparence banale, mais dont l'impact sera senti.
«Une des choses que je vois venir un peu plus chaque jour, c'est une transformation de l'espace de travail, du PC tel qu'on le connaît tous. Il est arrivé à un certain niveau de maturité où, un peu comme l'automobile, il devient un objet banalisé. On voit déjà que les générations actuelles de machines tentent de se distinguer au niveau esthétique, par exemple celles d'Apple. On pourrait assister à un repackaging où la forme est davantage considérée que la fonction.
L'informatique ne sera pas différente des autres grandes industries. Il a été une époque où l'automobile se distinguait par ses caractéristiques mécaniques. Aujourd'hui, dans le marché automobile, on choisit telle marque plutôt que telle marque. Quelle fraction des gens vont regarder le nombre de soupapes? C'est le look, c'est le niveau de symbolique qui y est rattaché, ce que ça projette. Ça devient un objet culturel et l'aspect technique s'y fond.»
Parmi les autres «tendances lourdes» identifiées par M.Poussart: la mobilité, la reconnaissance du langage naturel, l'intelligence artificielle («au moins assez pour être utilisable»), le résumé automatique de discussions, etc. «Au niveau technologique, le meilleur moyen de savoir ce qui vient est de voir dans quoi se fait la recherche. [...] Tout ce qui connaît du succès aujourd'hui a été développé dans des laboratoires il y a 15 ans.»
«Il y a aussi beaucoup de choses qui sont prêtes, mais qui ne sont pas lancées parce que ce n'est pas tout à fait le bon moment. La question de timing est très importante. Il faut que tout arrive au bon moment. Parfois, soit que tout n'est pas tout à fait au point, soit on n'a pas tout ce qu'il faut. Il ne faut pas oublier non plus que l'informatique est une industrie et qu'il y a une sorte d'obsolescence contrôlée.»
Le virtuel
Un des «critères» de succès d'une technologie dans les prochaines années, selon M.Poussart, c'est sa capacité de virtualiser les choses. «L'image sera très importante. On n'utilise que 5% de la capacité des gros réseaux de communication que l'on a bâti. Ce n'est pas avec du commerce électronique que l'on va générer du trafic: je peux transférer 500 millions de dollars avec à peine 50 bytes. Il manque d'applications qui "pompent". On devrait selon moi davantage faire appel à la "sensorialisation".»
Jean-François Codère
Denis Poussart tiendra une conférence baptisée «Boule de cristal: les technologies de 2005», pour le compte du CRIM à Québec (5 février) et Montréal (13 février)