(AFP) Le géant américain AT&T, qui s'était lourdement endetté pour conquérir l'univers du câble, a abandonné toutes ses ambitions dans ce domaine en cédant AT&T Broadband à Comcast et revient ainsi à ses racines, la téléphonie.
La vente mercredi d'AT&T Broadband, premier câblo-opérateur des États-Unis, dans une transaction évaluée à 72 milliards de dollars, offre un rebondissement de plus dans l'histoire mouvementée d'un des pionniers du téléphone.
The American Telephone and Telegraph Company, fondée en 1885 peu après l'invention du téléphone par Alexander Graham Bell, a dominé son secteur dès le début du 20ème.
En 1997, elle s'est lancée, sous la houlette de son PDG Michael Armstrong, dans une vaste offensive, à coup de dizaines de milliards de dollars, pour aller au-delà des services téléphoniques.
Michael Armstrong a alors fait le pari du câble, l'identifiant comme l'outil futur pour l'accès conjoint à Internet, la télévision et la téléphonie, face au défi du satellite.
Il n'a pas lésiné sur les moyens, mettant plus de 100 milliards de dollars sur la table pour racheter les câblo-opérateurs TCI et MediaOne, au nez et à la barbe de Comcast, et créer ainsi le numéro un du secteur, AT&T Broadband.
AT&T s'est aussi retrouvé à la tête d'une montagne de dettes de 65 milliards de dollars.
Michael Armstrong part aujourd'hui avec sa vision chez AT&T Comcast, la nouvelle compagnie qui va naître de la fusion d'AT&T Broadband et Comcast, dont il présidera le conseil d'administration.
AT&T se retrouve ainsi centrée sur deux grands pôles, les services téléphoniques aux particuliers et ceux aux entreprises, le pôle de téléphonie mobile étant devenu indépendant avec l'introduction en bourse d'AT&T Wireless en juillet 2001.
Afin de redorer son blason en bourse et réduire son endettement, AT&T a décidé en octobre 2000 de créer quatre sociétés distinctes, cotées séparément, pour les services de téléphone aux particuliers, aux entreprises, le câble et la téléphonie mobile.
La cession d'AT&T Broadband «accélère en fait aujourd'hui notre stratégie», a souligné Michael Armstrong lors d'une conférence de presse jeudi.
Il s'agit du deuxième éclatement d'AT&T. En 1984, la compagnie, accusée d'être un monopole, avait déjà explosé, AT&T ne conservant que les activités téléphoniques longue distance tandis que sept compagnies d'appels locaux voyaient le jour, les «baby bell».
AT&T va créer en 2002 une société séparée pour les services aux particuliers — soit 16 milliards de dollars de chiffre d'affaires — qui sera cotée en bourse sous forme d'une action reflet, distribuée aux actionnaires d'AT&T.
La compagnie d'origine se réduira alors aux seuls services aux entreprises, qui desservent 4,2 millions de clients et représentent un chiffre d'affaires annuel de 28 milliards de dollars.
Avec la cession d'AT&T Broadband, «AT&T va perdre sa seule source de croissance et d'extension des marges», relève la banque UBS Warburg. Le chiffre d'affaires sur les télécoms va reculer de 11% à 38 milliards de dollars en 2002, soit plus que si le groupe avait gardé ses activités câblées, estime-t-elle.
Le groupe, recentré sur les télécoms, a toutefois «totalement résolu ses problèmes d'endettement», souligne de son côté la banque d'investissements Salomon Smith Barney.
Comcast va reprendre 20 milliards de dollars de dettes d'AT&T. Microsoft s'est aussi engagé à convertir un prêt de 5 milliards de dollars à AT&T en une participation dans AT&T Comcast.
Le nouvel AT&T conserve aussi une taille énorme sur le marché des télécoms et peut s'appuyer sur une clientèle précieuse de grandes entreprises, ajoute Salomon Smith Barney.
© 2001 AFP