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Vivendi s'attaque aux puissances américaines, sur leur propre terrain

Canoë 
17/12/2001 17h42 

(AFP) - Le français Vivendi Universal adopte, avec le rachat d'USA Network et 10% d'Echostar, la même stratégie que ses concurrents AOL Time Warner et News Corp: marier «contenu» (films, télévision, musique) et une puissante plateforme de distribution aux États-Unis.

Afin de mieux distribuer leurs produits, les grandes compagnies de «contenu» se sont pour la plupart dotées ces dernières années de chaînes de télévision, opérateurs câblés et supports internet.

AOL Time Warner, le leader mondial du secteur né en janvier 2001 de la fusion d'AOL et Time Warner, possède le deuxième câblo-opérateur américain, Time Warner Cable avec 12,8 millions d'abonnés, et une série de chaînes.

Il ne cache pas non plus son souhait de racheter un grand réseau télévisé américain, le seul pilier qui manque à son armada d'actifs pour être omniprésent dans le paysage des médias américains.

Le groupe Walt Disney a racheté de son côté le réseau télévisé ABC. L'américain Viacom (studios Paramount) possède CBS et une série de chaînes thématiques (MTV, VH1, Nickelodeon..).

Quand au groupe de Rupert Murdoch, News Corp, qui possède les studios Twentieth Century Fox et de puissants services satellitaires en Europe (BSkyB), il s'appuie aux Etats-Unis sur le réseau télévisé Fox (Fox, Fox Sports, Fox News..).

Ce modèle alliant «contenu» et distribution est considéré actuellement comme le plus payant par les analystes et l'industrie en raison des synergies et garanties de revenus qu'il apporte.

«AOL Time Warner remporte un fabuleux succès avec le film Harry Potter en grande partie grâce au matraquage commercial dans les magazines, le service internet et les chaînes câblées du groupe», relève la maison de titres Robertson Stephens.

Vivendi Universal, propulsé par la fusion de Vivendi, un spécialiste à l'origine du traitement des eaux, et de Seagram (Universal Studios, Universal Music..) au rang de géant des médias à la fin 2000, manquait jusqu'ici d'une telle stratégie.

Le rachat de la chaîne câblée USA Network et l'alliance stratégique avec le bouquet satellitaire américain EchoStar sont «totalement cohérents avec les besoins de Vivendi» en termes de distribution sur le marché américain, souligne ainsi le pdg de Vivendi Universal, Jean-Marie Messier.

En rachetant les actifs de divertissement du groupe USA Networks, Vivendi Universal va pouvoir accéder à 80 millions de foyers américains, grâce aux chaînes USA Network et Sci-Fi.

L'alliance avec Echostar va lui donner accès au deuxième bouquet satellitaire américain, et bientôt au numéro un, si Echostar obtient le feu vert des autorités de la concurrence pour conclure son projet de fusion avec DirecTV, actuel leader du secteur aux Etats-Unis.

L'entité DirecTV/Echostar possèdera alors 15 millions d'abonnés, soit quasiment l'équivalant du premier câblo-opérateur américain (AT and T Broadband).

Vivendi Universal va aussi lancer cinq nouvelles chaînes (action, suspense, musique...) à l'automne 2002 sur le bouquet d'Echostar. A terme, ce chiffre pourrait même être porté à quinze.

Vivendi réduit ainsi «son plus gros handicap stratégique» par rapport à ses concurrents en se dotant des moyens de «capter plus d'audience sur le petit écran américain», relève Robertson Stephens.

Les deux avancées du groupe français aux Etats-Unis ne sont pas pour autant dénuées de risques. La fusion entre Echostar et DirecTV peut toujours échouer devant les autorités de la concurrence, ce qui réduirait son audience au seul Echostar.

Le français n'a pas non plus mis la main sur des réseaux de distribution aussi puissants que ses concurrents AOL Time Warner, News Corp ou Disney et va devoir financer le lancement ex-nihilo de plusieurs chaînes.

Une majorité d'Américains restent en outre abonnés au câble. «Vivendi va aussi devoir s'assurer l'accès à ces plateformes. Mais à quel prix?», s'interroge la banque d'investissements Merrill Lynch.

Copyright © 2001 AFP








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