(AFP) Les éditeurs français de jeux vidéo, protestant contre «l'ostracisme et le mépris qui pèse en France sur la création multimédia», ont demandé mercredi à bénéficier d'une part de la redevance pour copie privée sur les CD enregistrables.
L'arrivée en masse des supports numériques enregistrables (essentiellement les CD-R) a fait exploser la copie privée de jeux vidéo. Selon le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisir (Sell), citant une enquête de l'institut d'études Gfk, 30% des 250 millions de CD vierges vendus chaque année servent à copier des jeux vidéo.
Ces 75 millions de copies représentent un manque à gagner de 300 millions d'euros (421 millions $CA) pour les auteurs et les éditeurs et des milliers d'emplois de créateurs de jeu menacés, a souligné au cours d'une conférence de presse Hervé Pasgrimaud, délégué général du Sell.
La rémunération pour copie privée (6F sur chaque CD-R acheté), prélévée sur les supports vierges, devrait compenser, au moins partiellement, ce manque à gagner. «Mais le jeu vidéo ne percevra pas un centime, tout va à la musique et au cinéma», s'est indigné Yves Guillemot, PDG d'UbiSoft.
En soulignant que le support numérique constitue l'unique source de revenus de l'industrie du jeu vidéo, au contraire du cinéma et de la musique qui se rémunèrent également par les salles de cinéma ou de concert, la télévision et la radio, Jean-Martial Lefranc, PDG de l'éditeur Cryo, a affirmé qu'«il n'est pas logique que le jeu vidéo subventionne le cinéma ou un autre loisir qui nous fait concurrence».
«On ne demande pas de subvention, mais à avoir de la part des pouvoirs publics autant de considération que le cinéma, alors que notre industrie pèse au moins aussi lourd en termes d'emplois et contribue au moins autant au rayonnement culturel de la France», a expliqué de son côté Jean-Claude Larue, Président d'Infogrames Europe. Le jeu vidéo est la seule industrie dans laquelle la France place trois entreprises parmi les dix premiers mondiaux, avec Infogrames, Vivendi Universal Games et UbiSoft, ont rappelé les éditeurs.
«Même si elle est dynamique aujourd'hui, l'industrie française du jeu vidéo doit disposer des moyens de continuer à croître, face à la concurrence des éditeurs japonais, qui bénéficient de capitaux sans intérêt et des américains, qui disposent d'un vaste marché intérieur et ne supportent pas la TVA», a affirmé M. Guillemot.
Christophe Ramboz, PDG de Vivendi Universal Games, a rappelé que la part de la redevance qui devrait aller aux éditeurs «servirait à financer le développement de nouvelles versions de nos succès mondiaux, par exemple Rayman 3, Alone in the dark 5, Adi 14 ou Amerzone 2». Selon les éditeurs, le jeu vidéo devrait pouvoir toucher une part de redevance atteignant 230 millions d'euros (323 millions $CA).
Une baisse des prix des jeux ne constituerait pas, selon les dirigeants du secteur, une réponse suffisante au problème du piratage. D'ailleurs, parallèlement à ses revendications concernant la redevance sur les CD vierges, la profession entend poursuivre sa lutte contre la contrefaçon, en faisant condamner en justice des réseaux écoulant par centaines les titres de jeux piratés. Depuis un an, 300 trafiquants ont ainsi été condamnés.
Soulignant que c'est «le jeu vidéo qui a appris aux jeunes la virtuosité dont ils font preuve en informatique et dans l'univers numérique», Christophe Ramboz a estimé qu'«en France, le jeu vidéo est ignoré, traité avec mépris, voire avec hostilité, quand à son propos on évoque pêle-mêle l'épilepsie, la violence ou le piratage».
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