Partout dans l'industrie médiatique québécoise, on s'arrache les dizaines de millions de dollars investis annuellement en publicité par le gouvernement provincial. Les éditeurs Internet se plaignent souvent qu'on ne les cible pas assez avec ce que plusieurs considèrent comme des subventions indirectes. Une analyse des données disponibles montre pourtant que l'investissement public est comparable au privé.
Au cours de son année financière allant de mars 2000 à mars 2001 (dernières données complètes disponibles), le gouvernement du Québec a investi un total de 29,45 millions $ en publicité, tous médias confondus. De cette somme, à peine 294 500$, soit 1%, ont été versés à des éditeurs Internet. Les médias écrits ont été les plus choyés, récoltant 49% de la cagnotte.
La part gouvernementale allouée à Internet est comparable à celle du secteur privé. En 2000, le total des investissements publicitaires au Québec, tous médias confondus, se situe aux environs de 1,2 à 1,5 milliard $.
Une étude dévoilée conjointement en septembre dernier par le Bureau de la publicité sur Internet du Québec (BPIQ) et l'Internet Advertising Bureau du Canada (IAB) établissait à 12 millions $ le niveau d'investissement dans des sites de langue française, principalement au Québec, ce qui situe la part Internet à environ 0,8% à 1% des campagnes publicitaires au Québec (voir notre article).
Au Canada, les résultats semblent légèrement plus encourageants. Industrie Canada, dans un document daté d'octobre 2001, estime les investissments publicitaires de 2000 (!) à 5,3 milliards $. Les 110 millions alloués à Internet, selon la même étude (BPIQ/IAB), représentent donc un peu plus de 2%. Certaines autres sources situent toutefois le marché publicitaire global canadien en 2000 aux environs de 8 milliards $, ce qui ramènerait la part Internet à 1,4%.
Malgré tout, plusieurs croient que le gouvernement québécois devrait investir encore davantage en publicité sur le Net, ne serait-ce que pour confirmer son appui aux nouveaux médias, maintes fois clamé publiquement par les politiciens provinciaux et exprimé jusqu'ici par de nombreux programmes de crédits d'impôts.
Selon un document déposé conjointement avec son budget 2002-2003, le gouvernement québécois a accordé en 2000 pas moins de 56 millions $ en crédits d'impôts, uniquement via les programmes de la Cité multimédia (25), de la Cité du commerce électronique (8) et des Centres de développement des technologies de l'information (CDTI, 23$ millions).
En 2001, en tenant compte de la popularité des programmes et de l'ajout des Carrefours de la nouvelle économie (26) et du Centre national des nouvelles technologies de Québec (20), le total des crédits d'impôts passe à 167 millions $. L'an prochain, il devrait être d'environ 220$ millions. Et c'est sans compter d'autres programmes "hors-cités" et les subventions du Fonds de l'Autoroute de l'information.
«Au gouvernement, comme partout ailleurs, Internet c'est nouveau», explique Michèle Hudon, de la direction des communications du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration. Selon elle, la fonction publique québécoise s'est dotée il y a un an d'une conseillère publicitaire spécialement attitrée aux investissements Internet. «La publicité sur Internet, selon Mme Hudon, est beaucoup utilisée par nos bureaux à l'étranger afin, par exemple, d'attirer les immigrants.»
Les éditeurs québécois n'ont donc pas été les seuls à bénéficier des 294 500$ investis.
Pendant ce temps, ironiquement, les éditeurs Internet canadiens ont eux-mêmes investi en 2000 l'équivalent de 75% des revenus publicitaires perçus en campagnes dans les médias "traditionnels", soit 83 millions $ par rapport aux 110 millions $ perçus, selon une toute récente étude d'ACNielsen. Encore une fois, les médias écrits, avec 60% de ces placements, ont été les plus courus.
Jean-François Codère et Jean-François Parent
Demain: les commentaires de quelques acteurs et observateurs de l'industrie face à cet état de fait