(AFP) Le leader mondial des logiciels Microsoft veut mettre fin par des accords à l'amiable à tous ses ennuis antitrust, y compris avec la Commission européenne, mais se heurte encore à de nombreuses résistances.
Le groupe américain a renoncé mardi à une audience prévue les 20 et 21 décembre à Bruxelles dans le cadre d'une enquête antitrust ouverte par la Commission européenne afin de privilégier une solution négociée.
«Nous allons renoncer à notre droit à une audition dans le dossier européen et mettre l'accent sur la poursuite du dialogue avec la Commission européenne», a déclaré un porte-parole de Microsoft, Vivek Varma.
Microsoft a envoyé à la mi-novembre ses réponses écrites aux questions de la Commission européenne. Celle-ci s'inquiète d'un possible abus de position dominante du groupe avec son système d'exploitation Windows. Ce système équipe plus de neuf ordinateurs personnels sur dix dans le monde.
La note écrite de Microsoft «répond de façon détaillée aux interrogations soulevées par la Commission», a indiqué Vivek Varma. Elle pourrait servir de «prélude à des discussions» afin de mettre un terme à la procédure, a-t-il ajouté.
Microsoft a déjà conclu un accord à l'amiable avec le gouvernement américain le 2 novembre dans le procès antitrust qui les oppose depuis 1998 et qui visait à l'origine un démantèlement du groupe.
Depuis, neuf des 18 États fédérés associés à la plainte du gouvernement se sont ralliés à l'accord. Les neuf autres l'ont a priori rejeté et poursuivent la procédure devant les tribunaux.
L'État du Connecticut a ainsi annoncé mardi qu'il ne signerait pas l'accord (voir notre article), estimant qu'il comporte «trop de lacunes et d'ambiguïtés» pour mettre un terme aux pratiques monopolistiques de Microsoft, selon un communiqué de son Attorney general (ministre de la Justice) Richard Blumenthal.
Il a laissé la porte ouverte à des discussions avec Microsoft, mais réclame un accord à l'amiable plus sévère pour le groupe.
Microsoft fait aussi face à de multiples oppositions sur le front des plaintes civiles bien qu'il ait aussi conclu un accord à l'amiable dans ce domaine.
Au terme de cet accord, annoncé le 20 novembre, Microsoft va fournir des logiciels et des ordinateurs à des milliers d'écoles américaines défavorisées pour un total d'un milliard $US (voir notre article).
Plusieurs dizaines de plaintes privées l'accusant d'avoir gonflé le prix de son logiciel vedette Windows seront en contrepartie effacées.
À l'occasion d'une audience mardi devant le juge en charge de ce dossier à Baltimore, les avocats représentant des consommateurs de Californie ont qualifié l'accord d'«imposture» en raison des «surcoûts importants dont ont pâti des millions de consommateurs».
Apple Computer, l'un des principaux concurrents de Microsoft, s'est joint aux critiques en soulignant que Microsoft allait gagner ainsi du terrain sur le marché scolaire, une des chasses gardées jusqu'à peu de la marque à la pomme.
Apple est «effaré qu'un accord imposé à Microsoft pour avoir enfreint la loi lui permette, voire même l'encourage, à se développer dans le secteur de l'éducation, l'un des seuls où il n'est pas encore en situation de monopole», a déclaré le groupe de Steve Jobs dans un communiqué.
Un des architectes de l'accord, Michael Hausfeld, qui représente plusieurs plaignants, a justifié de son côté le plan d'aide aux écoles en soulignant que les consommateurs n'auraient reçu dans le cas d'un règlement classique qu'une dizaine de dollars chacun.
© 2001 AFP