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Jusqu'où peut aller un journaliste d'investigation, se demande l'Inde

Canoë 
24/08/2001 17h37 

(AFP) Un débat fait rage en Inde sur l'éthique des journalistes d'investigation après l'utilisation par un site Internet de prostituées pour révéler l'étendue de la corruption.

La grande majorité de la presse a condamné vendredi les méthodes "peu scrupuleuses" du site d'information et de divertissement www.tehelka.com qui avait diffusé en mars une enquête implacable sur le cancer des pots-de-vin dans les milieux politiques et militaires.

De hauts responsables indiens, dont le président du BJP, parti nationaliste au pouvoir, avaient été filmés à leur insu en train de recevoir des liasses de billets de banque de la part de journalistes qui s'étaient fait passer pour des marchands d'armes. Plusieurs officiers avaient été suspendus. Le ministre de la Défense avait démissionné.

L'affaire a rebondi mercredi lorsqu'un quotidien, l'Indian Express, a révélé que les journalistes de Tehelka avaient fait appel à des prostituées et proposé des préservatifs en "jouant les entremetteurs" avec certains des officiels qu'ils avaient bernés.

Tarun Tejpal, rédacteur en chef du site internet, a justifié ses méthodes en expliquant que la fin justifie les moyens et qu'un scandale "extraordinaire" exige des moyens "extraordinaires". Le gouvernement n'a pas exclu des poursuites judiciaires.

Les pratiques de Tehelka ont suscité un débat moral en Inde, tous les partis politiques et la plupart des journaux se montrant critiques à l'égard de Tarun Tejpal.

«Du sordide, pas du journalisme», a titré The Hindu, en parlant de «honte pour la profession» qui n'est «jamais tombée aussi bas». Le quotidien s'est demandé s'il était nécessaire, pour l'équipe de Tehelka, d'aller jusqu'au sexe alors qu'elle avait déjà versé de l'argent pour prouver le caractère routinier de la corruption en Inde.

«Dans la recherche du sensationnel», le site internet s'est éloigné de «presque toutes les normes journalistiques», a écrit le Hindustan Times.

«L'Armsgate (nom du scandale), a-t-il contribué à nettoyer les écuries d'Augias de la corruption endémique ou a-t-il miné aussi les normes de conduite publique et professionnelle», s'est demandé le Times of India.

Rajdeep Sardesai, journaliste politique d'une chaîne de télévision privée, s'est également interrogé sur les méthodes "douteuses" de Tehelka. Mais il a ajouté: «notre système est plein de choses sordides et, souvent, il faut du sordide pour révéler du sordide.»

Copyright © 2001 AFP








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