Au Canada, la réhabilitation des criminels informatiques ne semble pas préoccuper pour l'instant les décideurs. Si leurs actes causent parfois des dommages hautement coûteux, le petit nombre de contrevenants attrapés apparaît comme la principale raison de l'absence de programmes de réinsertion sociale.
Pourtant, la Russie a son École des pirates civiques et que le gouvernement américain tente de recruter de jeunes pirates informatiques pour améliorer ses systèmes de sécurité.
En fait, selon la GRC, les statistiques sur le nombre de criminels informatiques s'étant rendu coupables de piratage, de destruction de données et autres vols sont assez rares, les victimes hésitant à porter plainte et les délits touchant plusieurs compétences. Le Sergent Robert Currie travaille depuis quatre ans à la section des crimes informatiques de la GRC. Depuis ses débuts, quatre personnes seulement ont été arrêtées. D'après Mme Francine Jourdain, du Service correctionnel du Canada, il n'y a actuellement en prison aucune personne condamnée à une peine de plus de deux ans pour crime informatique.
Alors, ces pirates de la toile, ce n'est que vantardise et esbroufe? Bien sûr que non. À la GRC tout comme à la Sûreté du Québec, on est intimement convaincu qu'il y a davantage de contrevenants en liberté. Dans le cadre d'une campagne de prévention de la criminalité, les agents de la SQ font d'ailleurs des conférences aux jeunes pour les conscientiser sur les dangers du crime informatique.
Réinsertion?
Le Sergent Currie de la GRC tient à faire des distinctions en ce qui concerne le terme hacker: «Moi-même, je suis un peu un hacker. À la GRC, nous faisons des nuances entre «white hat» et «black hat». Un peu comme dans «La Guerre des étoiles»! Beaucoup de grosses compagnies refuseront d'engager un «black hat».
Néanmoins, une des dernières personnes arrêtées par la GRC, toujours en probation, travaille présentement pour une grande banque canadienne où, pour utiliser les mots du Sergent Currie, «il utilise ses connaissances pour faire du bien». Tout de même, l'accès à Internet lui est prohibé, sauf dans le cadre de son travail, et il lui est interdit de communiquer avec les autres pirates arrêtés. «Aujourd'hui, il semble être dans le bon chemin», de conclure Robert Currie.»
Chez ISI Conseil, une boîte montréalaise spécialisée dans l'intranet et le commerce électronique, on n'a pas de politique officielle en ce qui a trait à l'embauche d'ex-criminels informatiques. «On ferait d'abord une bonne investigation», d'affirmer René Larose, directeur administratif. «Si la personne est vraiment repentie et que c'est un crack, on l'engagerait.»
En fait, comme n'importe quelle autre compagnie, les firmes spécialisée en sécurité informatique ne peuvent officiellement faire de la discrimination, que ce soit à l'endroit des black hat ou autres personnes. Et ces firmes reconnaissent généralement les compétences d'un pirate quand vient le temps de tester la validité d'un système de sécurité.
Denis Lord