Dans les dernières années, une vague –voire un tsunami– de licenciements a frappé le monde des entreprises de haute technologie et des nouveaux médias. Bien que la perte d’un emploi puisse être tragique pour certains, une enquête du webzine Techies.com révélait récemment que ça n’est pas tant la perte d’emploi que la manière dont cet emploi a été perdu qui irrite le plus.
Cette enquête, effectuée auprès de plus de 700 travailleurs du domaine des technologies de l’information américains (allant du cadre supérieur aux employés affectés à la saisie de données) ayant été licenciés au cours des trois dernières années, a dégagé une tendance, ou à tout le moins une impression, inquiétante: la malhonnêteté des entreprises lors des licenciements.
Les histoires d’horreur abondent. L’exemple de cet employé d’un service de soutien à la clientèle est révélatrice. «J’ignorais que l’entreprise fermait ses portes et avait licencié tout le monde. J’étais en vacances au moment où c’est arrivé. Je me suis présenté au travail, à la fin de mes vacances, selon mon horaire habituel. Je m’attendais à voir mes collègues, comme à l’habitude, mais lorsque je suis arrivé au bureau, il n’y avait personne, les lumières n’étaient pas allumées, plus rien…»
Ou encore celle de cet administrateur de réseaux qui, le jour même de son congédiement avait parlé au grand patron de son entreprise afin de savoir ce qui se préparait. «Il m’a répondu que tout était normal et suivait son cours. Ne prenant pas sa parole, j’ai décidé de contacter le département des ressources humaines. Ils m’ont rappelé une heure plus tard pour m’annoncer que je perdais mon emploi, effectif immédiatement, dès 15 h, que je devais rendre mes clés et quitter.»
«Le lundi, des coupures massives étaient effectuées pour ne laisser que le nombre d’employés au strict minimum. Pas de dernier chèque de paye ou quoi que ce soit. L’entreprise avait fait faillite pendant la fin de semaine et parce que l’entreprise avait complété les procédures de faillite dans un délai minimum, nous n’avions pas de recours. Et ça c’était moins d’un mois après que le p.-d.g. se soit payé une Ferrari…» raconte cet autre ingénieur de réseau.
Un directeur des services de technologies de l’information d’une dot.com défunte, quant à lui, se fait plus philosophe: «il y avait, sur un tableau dans le lobby, un vieux proverbe chinois "un jour tu bois le vin, le lendemain tu cueilles le raisin’. Le problème, c’est que je n’arrive même pas à trouver une position de cueilleur de raisin.»
Bien évidemment, ce sont les employés ayant moins de deux ans à l’emploi de leur entreprise qui sont les premiers remerciés. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que dans le domaine des TI, même si le taux de roulement est généralement plus élevé que dans les domaines traditionnels, les entreprises qui ont plus de deux ans sont l’exception plutôt que la règle, rendant cette donnée moins poertinente.
La majorité des répondants ont déclaré qu’ils s’attendaient à des coupures dans leur entreprise, mais un nombre surprenant –73%– ne s’attendaient pas à faire partie du nombre. Environ la même proportion a déclaré n’avoir eu que quelques heures pour ramasser leurs effets personnels et quitter les lieux. Les trois-quarts ont perdu tous leurs privilèges –accès réseau, courriel, etc.– immédiatement ou même avant.
Dans la majorité des cas, la nouvelle leur a été annoncée par leur superviseur ou leur supérieur immédiat. Environ le quart ont reçu un avis du département des ressources humaines ou d’un secteur de l’entreprise similaire. Un très petit nombre de malchanceux ont appris la mauvaise nouvelle dans les médias et ont dû tenter de rejoindre leur supérieur immédiat pour obtenir une confirmation (ou une infirmation pour les chanceux!) de la nouvelle.
Somme toute, mis à part les cas exceptionnels, il semble que les mises à pied dans le domaine des nouvelles technologies et des nouveaux médias s’effectuent à peu près de la même manière que partout ailleurs. La nouveauté, dans ce cas-ci, c’est que le nombre de mises à pied simultanées et le domaine où elles ont lieu ont pris bien des gens –ceux qui ont perdu leur emploi autant que les observateurs– par surprise.
D’autant plus que, dans ce domaine où la moyenne d’âge n’est pas élevée, il s’agissait, pour plusieurs, de leur premier licenciement, une chose qui n’est jamais facile à vivre même lorsque l’on sait que ça risque de nous arriver plus d’une fois. De plus, la statistique la plus inquiétante de cette enquête est que 76% des répondants sont toujours sans emploi 6 mois après la mise à pied et que, même un an plus tard, ce pourcentage chute à 65%…
J. Sébastien Chicoine
L’enquête réalisée par Techies.com.