(AFP) Frappé par le ralentissement américain et la crise mondiale des télécommunications, le groupe français de services informatiques Cap Gemini Ernst and Young a revu à la baisse ses ambitions pour 2001 et annoncé la réduction de 4,5% de ses effectifs dans le monde, soit 2 700 emplois.
Aux 800 postes déjà supprimés depuis janvier va s'ajouter une charrette de 1 900 personnes, «principalement aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans les pays nordiques», a indiqué le PDG du groupe Paul Hermelin.
Au cours de l'ensemble de l'année, le chiffre d'affaires de Cap Gemini ne devrait pas dépasser 9 milliards d'euros (11,76 milliards$), contre 9,6 milliards d’euros (12,55 milliards$) initialement attendus et sa marge devrait se situer entre 8 et 9%, alors que la direction espérait une croissance à deux chiffres.
«C'est une déception, c'est un recul. Par rapport aux 10,5% qui étaient notre objectif, il est clair qu'on va être sensiblement en dessous», a reconnu M. Hermelin dans un entretien à l'AFP.
Les principaux secteurs affectés par les réductions d'effectifs seront ceux liés à la finance et aux télécommunications. Trois quarts des postes supprimés seront des postes d'ingénieurs et de consultants, le solde touchant l'administration et la comptabilité.
Le dégraissage ne touchera pas en revanche l'Hexagone. «Il n'y a pas de suppressions d'emplois dans ce pays. En France, la situation est plutôt bonne, l'économie est bonne, nous sommes en croissance et nous créons des emplois», a affirmé M. Hermelin.
Jusqu'ici épargné par la crise, Cap Gemini n'a pas anticipé l'ampleur de la baisse d'activité aux États-Unis, principal facteur de la dégradation brutale de ses ventes depuis le début mai. «On s'est un peu laissés prendre par surprise», a concédé Paul Hermelin.
Conjugué à la crise des télécoms, le ralentissement outre-Atlantique a entraîné des reports ou des réductions en taille de projets de contrats à venir, mais aussi de contrats déjà signés. Le phénomène a été particulièrement sensible dans la banque, la high-tech et l'industrie manufacturière.
Du coup, Cap Gemini, qui publiera le 30 juillet ses résultats du 1er semestre, n'attend plus pour cette période qu'un chiffre d'affaires d'environ 4,4 milliards d’euros (5,75 milliards$), avec une marge autour de 6%, «environ quatre points en dessous de ce que le marché attendait», selon M. Hermelin.
Pour l'année, l'entreprise a chiffré à 300 millions d'euros (392,1 millions $) l'impact de la récession américaine sur ses ventes, à 150 millions d’euros (196 millions$) celui de la crise des télécoms.
La fusion des électriciens allemands Veba et Viag au sein d'E.ON va aussi entraîner une perte de revenus de 150 millions d’euros (196 millions$), en forçant Cap Gemini à déconsolider la joint-venture qu'elle contrôlait à parts égales avec Veba et dont elle ne détient plus que 25%.
La restructuration entraînera une réduction des coûts et des dépenses d'investissement, la réduction des capacités de production dans les secteurs de la finance et des télécoms et le redéploiement de 700 postes vers ceux plus performants de la santé ou des services publics.
Son coût total est estimé à 85 millions d’euros (111 millions$), compensés seulement à hauteur de 30 millions d’euros (39 millions$) par la plus-value dégagée de la cession en février de l'activité centre d'appels au britannique Vertex.
Cap Gemini a affiché l'intention de revenir «aussitôt que possible à un niveau de marge à deux chiffres» mais sans se fixer de calendrier, d'autant qu'après les États-Unis, l'entreprise n'exclut plus de voir son activité ralentir à son tour en Europe.
À la Bourse de Paris, l'action Cap Gemini a plongé de plus de 20% le 26 juin et été cotée à 85,35 EUR (111,55$), une chute de 22,83%.
© 2001 AFP