Le Réseau Éducation-Médias a dévoilé ce matin les premiers résultats d'une très vaste étude menée auprès des jeunes Canadiens et intitulée: Les jeunes Canadiens dans un monde branché: la perspective des élèves. On y observe notamment d'importantes différences entre ce que font les jeunes sur Internet et ce que leurs parents croient qu'ils font.
Il n'est pas rare de voir des écarts du simple au double et même plus entre la perception des enfants et celle des parents quant à l'utilisation d'Internet par les jeunes. Ainsi, seulement 16% des jeunes Canadiens interrogés croient que leurs parents en savent beaucoup au sujet des sites qu'ils visitent alors que 71% des parents en prétendent autant. Et l'écart ne peut être attribuable qu'à la subtilité des parents dans leur surveillance: 36% des jeunes disent parfois ou toujours effacer l'historique des sites Web qu'ils visitent...
Pour leur part, les jeunes Québécois semblent encore davantage laissés à eux-mêmes: 12% croient que leurs parents en savent beaucoup sur leurs activités et près de la moitié (49%) croient qu'ils en savent très peu ou pas du tout (38% dans tout le Canada). En proportion, ils sont également plus nombreux que la moyenne nationale à être seuls en ligne la plupart du temps (70% contre 50%), à croire que leurs parents en savent moins sur Internet qu'eux-mêmes (56% contre 50%), à déclarer que leurs parents n'utilisent jamais de filtres (81% contre 65%) et à avoir appris ce qu'ils connaissent d'Internet, entre autres façons, en expérimentant eux-mêmes (60% contre 47%).
De manière surprenante, 21% des jeunes Québécois interrogés ont affirmé avoir déjà rencontré en personne au moins un ami connu dans Internet. À peine 7% des parents croyaient la même chose.
La comparaison des données entre parents et enfants souffre toutefois d'un important biais puisqu'une année s'est écoulée entre les moments où les parents ont été sondés par téléphone (février 2000) et où des questionnaires ont été remis à des jeunes dans les écoles (février-mars 2001). Les enfants interrogés ne sont donc pas non plus nécessairement ceux des parents questionnés un an plus tôt. Finalement, le rapport des résultats semble comparer des réponses à des questions légèrement différentes. Par exemple, le tableau remis aux journalistes établit un lien entre ce que les jeunes disent être «leurs activités préférées dans Internet» et ce pourquoi les parents disent que leur enfant utilise Internet.
Ce biais est probablement en partie responsable des écarts importants de certaines perceptions. Par exemple, 57% des jeunes Canadiens parlaient du téléchargement et de l'écoute de musique en ligne comme étant une de leurs activités préférées sur Internet, ce que n'avaient décelé que 6% des parents un an plus tôt. L'écart enfant-parent est encore plus important au Québec: 62% contre 4%. L'importante couverture journalistique accordée au procès Napster entre les deux enquêtes n'a certainement pas été sans conséquence.
Les écarts sont aussi importants en ce qui a trait à l'utilisation des jeux (48% des enfants contre 29% des parents), de la messagerie instantanée et du clavardage (56% des enfants contre 28% des parents) et à la recherche pour des travaux scolaires (65% des parents contre 38% des enfants)
Le courriel gratuit est très populaire auprès des jeunes Canadiens. Au Canada, 71% ont dit disposer d'un compte du genre. D'après Louiselle Roy, du Réseau Éducation-Médias, cette proportion grimpe à 92% ches les filles du secondaire.
Finalement, 99% des jeunes Canadiens et 98% des jeunes Québécois ont déjà utilisé Internet. Quatre jeunes Québécois sur cinq disposent d'ailleurs d'un accès à la maison.
Le questionnaire a été soumis à 5682 enfants du primaire et du secondaire, âgés de 9 à 17 ans.
Jean-François Codère
Les résultats de l'étude