Pour une cinquième année consécutive, le Canada s'inscrit à l'encontre du reste du monde en ce qui a trait à son taux de piratage de logiciels. Celui-ci a connu une baisse de 3% en 2000 au pays, contre une hausse dans le reste du monde, selon une étude commandée par un regroupement d'entreprises de logiciels.
Les tendances étaient inversées au cours des quatre années précédentes, le Canada s'inscrivant chaque fois en hausse tandis que le taux mondial chutait. Un total de 38% des logiciels d'affaires ont donc été piratés au Canada en 2000, contre 41% en 1999 et 40% en 1998. C'est tout juste au-dessus du taux mondial, qui s'établit à 37% cette année, selon l'étude menée par International Planning & Research Corporation et dévoilée par l'Alliance canadienne contre le vol de logiciels (ACCVL), dont font notamment partie Microsoft, Apple et Adobe.
Selon Pierre Chadi, directeur régional pour le Québec chez Microsoft et porte-parole de l'ACCVL, l'amélioration canadienne s'explique de deux façons. «Nous avons d'abord augmenté la visibilité contre le piratage, explique-t-il. Il y a également eu un volet légal qui a aidé. Les lois ont été changées au Canada il y a deux ans et les amendes sont beaucoup plus sévères. Elles peuvent maintenant aller jusqu'à 20 000$ par infraction, donc par copie piratée du logiciel. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a également accentué ses efforts.»
Le Canada fait néanmoins office de paradis du crime en comparaison des États-Unis, qui présentent un taux de piratage de 24%. «Les lois sont encore plus sévères aux États-Unis, justifie Pierre Chadi. Dans le cas de contrefaçons de logiciels, la peine peut même être l'emprisonnement.»
Selon l'ACCVL, le piratage a coûté 457 millions$ au Canada en 2000, ce qui se traduit, peut-on lire dans le communiqué, «en pertes d'emplois, de salaires et de recettes fiscales au Canada». «Prenons le cas extrême du Vietnam, où le taux de piratage est le plus élevé à 97%, complète Pierre Chadi. Personne n'est intéressé à y investir dans le développement de logiciels, parce que le marché local est inexistant. Il y a également des pertes d'emplois chez les distributeurs ou dans le support technique.»
Beaucoup d'entreprises se plaignent de la complexité des systèmes de licences pour expliquer leurs difficultés à se maintenir dans la légalité. Il existe effectivement certains cas bien précis où ces systèmes sont non seulement complexes, mais parfois illogiques. C'est notamment le cas lorsqu'une entreprise doit se procurer une deuxième licence de système d'exploitation Windows pour un même ordinateur lorsqu'elle utilise des images de disques (ghosts) plutôt que le système d'exploitation livré avec l'ordinateur à l'achat pour se simplifier la tâche (voir notre article où ce problème est décrit plus en détails).
«Vous avez sûrement raison, il faut simplifier ces systèmes, admet Pierre Chadi. Nous avons fait des efforts en ce sens, notamment en commençant par bien expliquer aux gens ce qu'est un droit d'utilisation du logiciel.» D'un point de vue légal, cette notion est en effet essentielle à la bonne compréhension du système de licences logicielles. La croyance populaire, fausse, est de croire que l'on achète une copie du logiciel (les «0» et les «1» contenus sur un disque, par exemple), alors qu'en réalité, c'est un droit d'utilisation de ces données que l'on se procure. Cela explique notamment pourquoi il est parfaitement légal d'utiliser le même CD pour installer un logiciel sur différents postes, à condition de se procurer autant de licences d'utilisation.
Jean-François Codère