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Mea culpa, plaide le Gartner Group, nous étions trop optimistes

Canoë 
27/03/2001 17h31 

Gartner Group, un des cabinets d'experts-conseils les plus reconnus pour son optimisme face à l'économie Internet vient tout juste de réduire l'intensité de ce bel optimisme. Les analystes de Gartner viennent de retrancher 1,6 billions$ de leur prédiction de chiffre d'affaires pour le commerce électronique entre entreprise (C3E) via Internet en 2004. Mine de rien, c'est 1,6 million de millions$ US de moins! Assez pour déboussoler bien des investisseurs.

En janvier 2000, Gartner prévoyait que le C3E via Internet allait atteindre 7,3 billions$US en 2004. Le chiffre frappait l'imaginaire car en 1999, le secteur n'avait généré que 229 millions$ US. On prévoyait une croissance exponentielle du secteur pour les cinq années à venir. La migration des activités de C3E de l'échange de documents informatisés par réseau privé (EDI) vers des portails Internet verticaux devait assurer le gros de cette croissance.











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Il n'en fallait pas plus pour qu'une vague d'investissements envahisse le secteur, que l'on crie que le C3E était le «nouveau secteur de croissance pour l'avenir de demain». Les affres du «burn rate» commençaient à défrayer la manchette (voir notre article) forçant bien des investisseurs/spéculateurs à se poser de sérieuses questions par rapport au commerce électronique aux consommateurs qui avait été l'objet de leur dévolu. Ces derniers cherchaient un refuge pour poursuivre leurs rendements boursiers déments des derniers mois et Gartner venait de tracer le voie.

Hélas, le marché n'allait pas suivre les prévisions de Gartner et la capitalisation du secteur Internet allait fondre comme neige au soleil. Pourquoi, maintenant que l'on est plus près du but, couper les prévisions de près de 20%?

Chez Gartner, on donne trois excuses. D'abord, l'institut de recherche WEFA (un rejeton de la réputée école américaine de science économique Wharton), sur lequel Gartner se base pour émettre ses prédictions a lui-même baissé ses prédictions pour les transactions de vente globales de façon encore plus agressive. Gartner s'est ainsi trouvé un intéressant bouc émissaire pour justifier la baisse de son optimisme. Bizarrement, on avait rarement entendu Gartner mentionner WEFA en marge de ses autres prédictions…

Secundo, selon Gartner, l'Europe et l'Asie n'ont pas adopté les affaires par Internet aussi rapidement que les Américains. Si en Asie, la progression est tout de même intéressante, en Europe, Gartner blâme des disputes de clochers, telles les différences de langue, de monnaie et de systèmes fiscaux pour expliquer le rythme d'adoption moins rapide en Europe.

L'excuse est intéressante mais mine grandement les capacités d'analyse des grands gourous. Cela fait plusieurs centaines d'années que la mosaïque européenne est composées de nations aux us et coutumes bien différents qui agissent souvent comme barrières au commerce. Que Gartner n'ait pas vu cette évidente vérité lors de sa première analyse laisse planer de sérieux doutes sur la démarche.

Finalement, le ralentissement économique actuel ralentira la transition vers le C3E par Internet. L'incertitude économique actuelle forcera les entreprises, selon Gartner, à réduire la vitesse avec laquelle elles investiront dans la migration vers de nouvelles techniques de gestion de leur chaîne d'approvisionnement utilisant Internet. L'an dernier, Gartner se fiait sur l'effervescence des marchés pour inciter les entreprises à se tourner vers les façons plus efficaces de faire des affaires qu'elle préconisait dans son rapport d'analyse.

En se basant sur les conditions actuelles de marché pour prédire l'avenir, Gartner a démontré une grande limite de la futurologie financière. On peut extrapoler sur ce qui pourrait découler des conditions économiques actuelles et passées mais comme rien ne permet de prédire ce que seront ces conditions dans l'avenir, aussi rapproché soit-il, toutes les prédictions ne sont en fait que chimères et spéculations.

Bref, comme les meilleures diseuses de bonne aventure, les cabinets d'experts ont une excellente capacité de «prédire» le passé et le présent mais pour ce que qui est de l'avenir, leurs prédictions trop précises doivent avant tout être prises avec un grain de sel.

Dominic Fugère

D'autres détails dans le communiqué de Gartner et dans le New York Times








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