(AFP) La justice américaine, appelée à se pencher une nouvelle fois sur le conflit qui oppose Napster à l'industrie du disque, pourrait bien franchir un pas décisif vendredi et ordonner la fermeture du célèbre site d'échange de musique.
Les représentants de Napster et de l'industrie, qui poursuit le site pour violation des droits d'auteur, doivent exposer leurs arguments devant le juge fédéral Marilyn Hall Patel à partir de 10H00 (18H00 GMT) vendredi à San Francisco.
Ce même juge avait ordonné en référé à Napster, en juillet 2000, d'arrêter tous les échanges de musique protégés par les droits d'auteur, ce qui revient de facto pour le site à cesser toute activité.
Cette décision est depuis suspendue par une procédure d'appel. Le 12 février, la Cour d'appel de San Francisco a abondé dans le sens du juge Patel en estimant que Napster «encourage ses utilisateurs à violer les droits d'auteur des maisons de disques».
Elle a demandé toutefois au juge de revoir sa copie afin que Napster ne soit tenu responsable que de violations d'auteur dont il a effectivement connaissance. L'industrie du disque a proposé d'adresser des listes de chansons au site afin que celui-ci en bloque l'échange.
«La dernière heure de Napster pourrait bien sonner», anticipe Mark Radcliffe, un avocat spécialiste de la propriété intellectuelle dans la Silicon Valley, coeur de l'industrie high-tech américaine, en Californie.
L'audience s'annonce d'autant plus cruciale pour Napster que les négociations en cours avec l'industrie du disque pour un réglement à l'amiable sont dans l'impasse, ont indiqué des sources proches du dossier à l'AFP.
Les adversaires de Napster lui reprochent d'aider ses 60 millions d'utilisateurs à échanger gratuitement de la musique, en violation des droits d'auteur, Napster ne versant pas de son côté de royalties à l'industrie phonographique.
En raison de l'affluence attendue vendredi au tribunal, le juge a demandé qu'une seconde salle d'audience soit ouverte pour le public, qui pourra suivre les débats grâce à un circuit interne de retransmission en direct.
Si l'histoire se repète, le juge Patel pourrait rendre son nouveau jugement en référé vendredi même, après l'audition des parties, ce qui s'était déjà passé lors de son premier verdict le 26 juillet 2000.
Napster s'était alors vu accorder un délai de 48 heures pour cesser l'échange de musique protégé par les droits d'auteur mais avait fait aussitôt appel, gelant ainsi l'ordonnance de référé jusqu'à aujourd'hui. De l'aveu même de Napster, plus de 87% de la musique échangée sur son site pourrait relever de la protection des droits d'auteur.
Pour tenter de sortir de l'impasse, Napster a dévoilé le 20 février le compromis qu'il propose aux grandes maisons de disques et qui repose sur le paiement annuel de 200 millions de dollars de redevances à l'industrie pendant cinq ans, sans réussir toutefois à débloquer les négociations.
«Les compagnies de disques veulent d'abord voir ce que le juge Patel va faire vendredi avant de parler à Napster», selon un avocat représentant l'une des parties.
© 2000 AFP