(AFP) La Corée du nord, l'Arabie saoudite et la Chine sont parmi les «ennemis» les plus radicaux de l'Internet, mais tous les Etats «sont sur la défensive» et «rêvent d'un réseau sous contrôle», affirme Reporters sans frontières (RSF) dans un rapport publié mercredi.
«Internet a fait exploser le cadre traditionnel des rapports de force entre les Etats et ceux qui produisent l'information», estime RSF, basée à Paris, dans ce rapport intitulé «Les ennemis d'Internet» et réalisé en partenariat avec le mensuel Transfert.net.
«Un courriel envoyé à mille exemplaires est-il toujours une correspondance privée ou devient-il un média?» et «quelles lois appliquer aux publications virtuelles qui sont par essence, planétaires et transfrontalières», interroge le document de 149 pages qui passe en revue une soixantaine de pays.
«Les régimes les plus autoritaires, souligne RSF, légifèrent, surveillent, censurent avec une énergie décuplée», mais «à ce jour, aucun Etat ne parvient à contrôler réellement» le Web. Quant aux démocraties occidentales, «la peur d'un Internet incontrôlable, partiellement administré par des entités surpranationales, (s'y) traduit par des tentatives répétées d'encadrement législatif».
RSF et Transfert.net «estiment qu'il ne sert à rien d'ériger un arsenal législatif encore plus draconien», et voient dans l'Internet «un outil idéal pour déjouer la censure que l'organisation combat dans le monde entier depuis quinze ans».
L'État le plus radical est sans conteste la Corée du nord, «seul pays au monde où l'Internet n'existe pas». Aucune connexion n'est possible puisqu'il n'existe aucun fournisseur d'accès, ni serveur, «ce qui n'empêche pas Pyongyang de posséder plusieurs sites de propagande hébergés au Japon».
L'Arabie saoudite, qui n'a autorisé l'accès à la Toile qu'en 1999, se protège pour sa part à l'aide d'un «gigantesque filtrage d'adresses et de contenus». Afin de lutter notamment contre la pornographie, «toutes les connexions à des sites nationaux et étrangers passent» par un serveur installé à Djeddah.
Quant à la Chine, «qui compterait déjà vingt millions d'internautes», elle a «diversifié les entraves à la libre circulation» sur le Net: formation de policiers spécialisés, contrôle exercé par les fournisseurs d'accès et les responsables de sites, accès interdit à plusieurs dizaines de sites étrangers, «descentes dans des cybercafés pour sonder les ordinateurs».
Le gouvernement chinois a aussi mis en place «un dispositif législatif extrêmement répressif». «En moins d'un an, ce ne sont pas moins de trois lois qui ont été adoptées» et au moins trois «cyberdissidents sont actuellement emprisonnés», rappelle RSF.
Le rapport évoque également les tentatives, notamment en France, en Allemagne et aux Etats-Unis, de faire voter des lois restrictives sous la pression de magistrats ou de groupes ultraconservateurs. «Dans ces trois pays, les restrictions légales à la diffusion d'informations sur Internet demeurent, aujourd'hui encore exceptionnelles», estime RSF, qui redoute cependant que «des initiatives individuelles de magistrats favorables à un contrôle instaurent une jurisprudence liberticide».
Le rapport «Les ennemis d'Internet» est téléchargeable moyennant 40 F (9$ CA)chez le cyber-éditeur www.OOhOO.com ou peut être commandé en version papier chez ce même éditeur (89 F [18$ CA]).
© 2000 AFP