(AFP/MM) Le concepteur japonais de jeux vidéo Sega se retirera de la production de consoles pour se spécialiser dans l'édition de jeux, un marché très concurrentiel mais à fort potentiel de croissance, a-t-il annoncé aujourd'hui.
Après des semaines de spéculations et de démentis, Sega a finalement admis qu'il allait stopper la fabrication de sa console de 128 bits Dreamcast.
«Nous allons arrêter la production de Dreamcast à la fin mars», a indiqué une porte-parole, en soulignant que la vente des consoles déjà produites et en stock (deux millions d'unités, soit plus du tiers du nombre déjà écoulé) se poursuivra. Bien que le nombre soit impressionnant, c'est bien peu lorsque comparé aux 76 millions d'unités de la PlayStation vendues par Sony et aux trois millions de PlayStation 2 vendues depuis son lancement, le 26 octobre dernier.
«L'activité des consoles de jeux est à un tournant. Il est de plus en plus difficile de gérer des activités à la fois dans la fabrication de consoles et l'édition de logiciels», a constaté Sega dans un communiqué. La société vivote avec une piètre part de marché de 10%.
On estime que l'édition et la vente de jeux est la principale source de revenus dans l'industrie des jeux vidéo, qui a dépassé l'an dernier celle du cinéma avec un chiffre d'affaires de plus de dix milliards$ US.
L'objectif de Sega est de «se restructurer en capitalisant sur ses contenus de jeux, qui ont été sa principale force ces 40 dernières années», pour redevenir rentable après une perte de 58,3 milliards de yens (751 millions$ CA) attendue pour 2000-2001. Les logiciels de Sega seront disponibles sur une multitude de «plates-formes», des consoles aux ordinateurs personnels en passant par les assistants numériques de poche (type Palm) ou les téléphones portables.
Sega veut également vendre la technologie développée pour la Dreamcast afin qu'elle soit intégrée dans une nouvelle génération de téléphone cellulaires ou de dispositifs de télévision numérique. Un contrat de ce type a d'ailleurs été signé avec la petite société britannique Pace Micro qui intègre les puces graphiques de la Dreamcast dans ses décodeurs de télé numérique.
«Sega va devenir beaucoup plus accessible aux consommateurs et étendre radicalement sa possibilité de générer des recettes, menant le groupe sur le chemin de la rentabilité», a indiqué le groupe dans un communiqué diffusé par Sega Amérique.
Pour réussir son virage et élargir les canaux de distribution de ses logiciels, Sega mène des pourparlers tous azimuts. Le groupe a déjà conclu des accords avec Sony et Nintendo pour leur fournir des «titres» pour leurs platesformes respectives, PlayStation 2 et Game Boy Advance.
Sega continue de négocier avec Nintendo pour alimenter sa nouvelle console Game Cube en nouveaux jeux et l'Américain Microsoft en vue de ses débuts dans les consoles prévu en fin d'année avec la Xbox.
Stratégie viable
La nouvelle stratégie «multi-supports» de Sega assurera-t-elle la survie du groupe et peut-elle être rentable? Oui, selon Takiko Mori, analyste spécialisée dans les logiciels de jeux pour UBS Warburg à Tokyo. «Parce que Sega est déjà numéro deux mondial pour le nombre de logiciels vendus avec neuf millions cette année, uniquement sur Dreamcast, derrière Nintendo», a-t-elle expliqué.
«Je pense que Sega peut survivre comme éditeur de jeux parce qu'il a de bons contenus et une bonne équipe de développement. C'est un marché compétitif mais ils ont une technologie d'avant garde pour les logiciels», a-t-elle ajouté, en précisant que les jeux disponibles sur Dreamcast peuvent être «facilement adaptés» sur d'autres supports.
Sega est bon dans la conception de jeux, selon Mme Mori, parce que ce groupe a démarré dans les salles de jeux, «une industrie très concurrentielle où les gens arrêtent de mettre des pièces dès qu'un jeu devient ennuyeux».
Comme nous l'indiquait récemment Jean-François William, directeur de l'école de jeux vidéo du Centre NAD à Montréal (voir notre article), Sega est bien positionnée comme éditeur avec des titres de qualité tels Jet Grind Radio et Sega GT. La société planifie lancer au moins 23 titres pour la Dreamcast cette année pour porter le total à 100.
Selon les experts, la vente de logiciels est plus rentable que celle de consoles, qui réclame des investissements lourds en puces (graphiques et calcul) ainsi qu'une campagne marketing bien orchestrée.
Certains jeux vidéo exigent un financement de dizaines de millions d'euros ou de dollars, surtout les super productions comme Final Fantasy ou Chen Mue. «Mais c'est moins problématique que sortir les fonds pour une nouvelle machine, l'usine et toute la logistique», souligne Xavier Guilbert, directeur marketing d'Ubi Soft, numéro deux français des logiciels de jeux.
John Riccitello, P.D.G. d'Electronic Arts, le leader mondial du marché, ne partage pas cette opinion. «Ils partent de zéro», expliquait-t-il à Reuters. Selon lui, Sega aura de la difficulté à s'adapter aux échéanciers et à tous les caprices de programmation propres à toutes les consoles.
Multimédium et l'