La dernière semaine a été dure pour l'image de Microsoft. En plus de voir ses principales propriétés Internet inaccessibles pour des millions d'utilisateurs, elle doit maintenant recourir aux services d'une entreprise extérieure pour l'aider à gérer un système qu'elle a elle-même créé. «.NET», disiez-vous?
Il y a assurément chez Microsoft des techniciens qui rêvent de vacances après cette semaine très exigeante amorcée, selon la version officielle, par une erreur humaine de la part d'un employé de la compagnie. Selon Microsoft, c'est une gaffe survenue lors de la configuration d'un routeur affecté à son réseau de serveurs DNS (Domain Name System) qui a causé tout cet émoi. Les serveurs DNS sont responsables de diffuser l'information nécessaire pour faire le lien entre une adresse URL (www.microsoft.com) et une adresse IP (207.46.230.219).
Malgré la panne, il était donc toujours possible d'accéder aux sites de Microsoft si on en connaissait l'adresse IP, ce dont bien peu de personnes peuvent se vanter. Au total, il aurait fallu environ une journée complète avant d'identifier le problème et de le corriger. Dans certaines régions, les difficultés d'accéder aux sites de Microsoft se sont prolongées encore davantage, puisque les fichiers d'association DNS devaient être rafraîchis.
Sitôt relevée de cet accroc de taille, Microsoft a dû faire face, toujours selon la version officielle, à une attaque de type Denial of Service (DoS), d'un type similaire à celles qu'avait opéré le jeune pirate «Mafiaboy» (voir notre article). Microsoft n'écarte pas la possibilité que cette attaque ait été lancée pour profiter de l'état de panique qui régnait dans ses quartiers généraux.
Courir à sa propre perte
Plus que le simple fait de voir ses sites rendus inaccessibles à autant d'utilisateurs, c'est la signification de ces avaries qui entache sérieusement la réputation de Microsoft. Celle-ci a en effet couru à sa propre perte, selon différents experts en réseautique interrogés par les médias. Contrairement au bon sens, il semble que tous les serveurs DNS de Microsoft étaient concentrés sur un même réseau physique. Une simple panne de celui-ci, la mauvaise configuration d'un routeur par exemple, et voilà tous ces serveurs rendus inutiles. Plusieurs experts ont qualifié cette configuration du réseau de Microsoft de «bombe à retardement».
Pour remédier à la situation, Microsoft a fait appel à la firme Akamai, qui fournira un service DNS de secours pour Microsoft. L'insulte s'ajoute à l'injure lorsqu'on sait qu'Apple, un concurrent de Microsoft, est actionnaire d'Akamai depuis un investissement de 12,5 millions$ US en 1999 qui lui valu à l'époque environ 5% du capital-actions de la compagnie (investissement qui s'est d'ailleurs avéré plus que rentable pour Apple, qui a tiré plus de 60 millions$ US de la vente d'actions d'Akamai récemment).
Pire, la solution de secours proposée par Akamai présente selon des experts certains signes techniques laissant croire qu'elle utilise Linux... Cela ne semble pas ébranler Microsoft outre-mesure, puisque l'entreprise continue de vanter en page d'accueil de son site principal (www.microsoft.com) ses solutions pour entreprises, incluant ses solutions DNS!
Conséquences fâcheuses
Combiné à l'apparition d'un autre virus à propagation rapide (tel ILOVEYOU) ou de la découverte d'une grave faille de sécurité, les conséquences de la panne dont a été victime Microsoft auraient pu être beaucoup plus graves, parce qu'elles auraient fort probablement ralenti les procédures de mise à jour des logiciels affectés. Gageons que certains pirates s'en souviendront.
Finalement, ces importants problèmes techniques liés à Internet arrivent à un bien mauvais moment pour Microsoft, qui tente de convaincre le monde entier de la validité de son projet «Microsoft.NET». Celui-ci consiste à transformer le plus possible l'environnement informatique mondial en une architecture client-serveur, où la majorité des applications seraient hébergées sur des serveurs plutôt que des stations de travail, réduisant d'autant la charge et donc la nécessité de puissance de ces stations. Faut-il souligner les problèmes qu'une panne DNS pourrait occasionner dans l'univers «.NET»?
Jean-François Codère
Il y a trois mois, Microsoft devait admettre que son réseau avait été victime d'un piratage majeur
Fidèle à sa loi du silence, la galerie de presse virtuelle de Microsoft ne porte aucune mention des difficultés de l'entreprise