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La course à l'UMTS vire à la partie de poker en France

Canoë 
26/01/2001 17h27 

(AFP) À moins d'une semaine du dépôt final des candidatures, la course à la téléphonie mobile multimédia (UMTS) tourne en France à la partie de poker entre le gouvernement et les opérateurs, avec pour enjeu le prix des futures licences.

Après l'abandon surprise mercredi du consortium franco-espagnol ST3G (Suez-Telefonica), les regards sont désormais tournés vers Bouygues Telecom, qui décidera s'il postule ou non le 30 janvier, veille de la date limite de dépôt des dossiers.

En cas de forfait, le troisième opérateur mobile français menacerait de faire s'écrouler toute la procédure de sélection, en ne laissant plus sur la ligne de départ que deux candidats, France Télécom-Orange et SFR (Vivendi Universal).

Pour les experts, le choix qu'opèrera Bouygues Telecom sera déterminant. En face, les pouvoirs publics, à la marge de manoeuvre réduite, pourraient se voir contraints de revoir leurs prix à la baisse.

Le gouvernement français avait arrêté l'an passé un scénario qu'il jugeait «raisonnable»: attribution sur dossier en juin 2001 de quatre licences UMTS à un prix unitaire de 4,95 milliards d'euros (6,8 milliards$ CA), soit un total de 19,8 milliards d'euros (27,4 milliards$ CA), dont la majeure partie devait être affectée au Fonds de réserve pour les retraites.

Le dégonflement de la bulle des valeurs télécoms en Bourse a fragilisé une première fois l'édifice. Depuis les enchères allemandes record d'août dernier (50 milliards d'euros ou 69,4 milliards$ CA), les prix des licences UMTS ont chuté et les investisseurs ont pris peur devant la lourdeur des investissements requis et l'endettement des opérateurs.

Le retrait de Suez-Telefonica a fini de bouleverser la donne. Les doubles candidatures sont exclues et l'arrivée in extremis d'un nouveau postulant improbable. En l'état, un maximum de seulement trois licences peut être délivré. Au-delà du manque à gagner financier, les pouvoirs publics seraient dans une position difficile à tenir si ce nombre tombait à deux.

«Bouygues est gagnant à tout coup. S'il se retire, il n'y aurait que deux candidats, ce que le régulateur ne pourrait accepter. Il cherche à faire baisser le prix. Il a une vraie perspective de décrocher le pompon: un droit d'entrée réduit et un partage à trois du gâteau», estime un analyste parisien.

«Le gouvernement français a surestimé les prix des licences et devra les réduire de moitié s'il veut éviter le scénario catastrophe», surenchérit Michaël Nordan, du cabinet d'études américain Forrester Research.

Le secrétaire d'État français à l'Industrie, Christian Pierret, a affirmé hier que le gouvernement «ne changeait pas ses objectifs» à l'égard de l'UMTS, notamment sa volonté de «ne pas brader le patrimoine public».

Si Bouygues Telecom renonçait effectivement, un scénario alternatif envisagé par des analystes pourrait consister, pour le gouvernement, à attribuer deux licences à Orange et SFR, pour relancer plus tard un nouvel appel d'offres à prix réduit, quitte à rembourser la différence de prix aux premiers servis. Le patron de Vivendi Universal, Jean-Marie Messier, a souligné hier soir qu'il exigerait, dans ce cas de figure, une telle garantie.

Copyright © 2001 AFP

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