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Des nouveaux chômeurs new-yorkais célèbrent l'enterrement des «.com»

Canoë 
21/12/2000 17h24 

(AFP) Des centaines de «.com» balayées comme un château de cartes, un rêve brisé aussi vite qu'il s'était forgé? Qu'importe, pour les premiers chômeurs de la «nouvelle économie», la vie ne fait que commencer.

Forts de cette certitude, ils ont offert un enterrement de première classe mercredi soir à New York à toutes les start-up rayées de la carte du Web depuis le krach boursier du printemps 2000.

Techno, paillettes et robes moulantes dans le décor d'un bar de Chelsea, un des quartiers les plus courus de Manhattan, l'ambiance avait tout de la folie de fêtes Internet du Noël 1999, quand le champagne coulait à flots.

Le grand délire du commerce électronique est certes terminé. La centaine d'invités réunis mercredi au Rebar de New York ne rêvent plus de devenir les prochains millionnaires du Net, ils ont perdu leur boulot et leur illusions. Mais l'envie de s'éclater reste intacte.

Une fois par mois, ils se retrouvent là dans des soirées «fiche rose» (synonyme de lettre de licenciement en américain) pour se défouler et prendre des contacts.

«Ces rendez-vous sont destinés à aider des chômeurs du Net à retomber sur leurs pieds», explique Allison Hemming, présidente de la société de conseil The Hired Guns et organisatrice de ces soirées. «Ces gens sont frustrés, déçus, mais ils sont encore optimistes», dit-elle.

Ils sont aussi très jeunes, dans les 25 ans le plus souvent. Et mercredi soir, ils avaient choisi de placer la fin de «l'année du désastre» sous le signe de l'auto-dérision, avec écharpes et boas roses autour du cou.

Urbanfetch, Pseudo, Rouze.com, Favemail.com... les t-shirts de sites Web défunts et cartes de visites de pdg au chômage ont rejoint pour l'occasion les murs du Rebar comme autant de pièces de musée.

Dans la rubrique «les dix meilleures choses qui vous arrivent quand vous êtes licencié», les commentaires, couchés par écrit, étaient nourris: «pouvoir dormir quatre heures de suite», «pouvoir appeler ma mère pour lui dire que pendant les deux ans où j'avais disparu, je n'étais pas en prison».

Nat Antman, 26 ans, licencié à l'automne par la compagnie Concrete Media, préfère voir lui aussi le bon côté des choses. «Internet vous bouffe tout votre temps, vous vous retrouvez avec des semaines de 80 heures. Je peux enfin souffler un peu, ce n'est pas plus mal», dit-il.

Bien sûr, la débâcle de tant de sites de commerce électronique et de nouveaux médias fait mal. «Ils manquaient de vision à long terme, ils ne savaient pas gagner de l'argent», souligne Nat. «Mais bon, ce n'est pas la fin du monde. On n'a pas 60 ans, on a tout l'avenir devant nous», ajoute-t-il.

Certains souhaitent prolonger l'expérience Internet, d'autres comme Nat préfèrent passer à autre chose, la pub par exemple ou les services Web mobiles, le nouveau secteur d'avenir aux États-Unis.

Bill Lessard, 34 ans, n'a pas de mots assez durs quant à lui pour décrire le délire qui s'était emparé des «.com». «C'était comme une lotterie, le p... de rêve américain d'Internet, tout le monde voulait devenir millionnaire», dit-il.

«Quand j'allais à une soirée, on me regardait comme si j'avais 30 millions$ dans mes poches», ajoute cet ancien employé de Prodigy.com passé ensuite dans la banque.

Steve Baldwin, inquiet de voir tant de sites disparaître sans crier gare, a décidé pour sa part de documenter cette période en réportoriant tous les sites défunts et ce à quoi ils ressemblaient (voir son site Ghost Sites). «J'en ai déjà recensé 300 sur quatre ans», dit-il.

Copyright © 2000 AFP

 «Vague de licenciements aux États-Unis: récession ou fausse alerte?» (AFP, 20 décembre 2000)








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