(AFP) Le Père Noël s'est de nouveau rué sur Internet cette année aux États-Unis mais il affiche désormais sa préférence pour les sites doublés de magasins ayant pignon sur rue plutôt que pour les adresses purement virtuelles.
«Quelque 16 millions de foyers américains vont faire du shopping en ligne pour les fêtes, soit deux-tiers de plus que l'an dernier», estime Seema Williams, analyste du groupe de conseil Forrester Research à Cambridge.
Les commerçants en ligne, mieux préparés, ont su parer aux problèmes qui avaient entaché leur réputation à la fin 1999. Les sites, submergés de visiteurs, s'étaient alors bloqués ou n'avaient pas réussi à livrer à temps, faute d'une logistique bien rodée.
Les consommateurs, jouant la prudence, ont aussi fait leurs achats plus tôt. Le commerce en ligne a bondi de 250 à 300% au début novembre par rapport à la même période de 1999, estime la société PC Data.
Au total, le commerce électronique devrait se chiffrer entre 10 et 12 milliards$ sur la période des achats de Noël (novembre-décembre), soit une hausse de plus de 50% par rapport à l'an dernier à la même époque.
À la différence de 1999, les gagnants de l'an 2000 ne seront toutefois pas les commerces en ligne purs, comme Amazon.com ou eToys.com, mais les grands noms de la «vieille économie», des supermarchés Wal-Mart aux boutiques de vêtements Gap.
«Au fur et à mesure que Noël approche, les consommateurs en ligne se tournent de plus en plus vers des marques familières ayant une origine non virtuelle», relève une analyste de l'agence de mesure d'audience Media Metrix, Anne Rickert.
Pour la semaine achevée le 10 décembre, huit des dix sites ayant gagné le plus de visiteurs affichent tous aussi une présence physique à travers un puissant réseau de magasins, comme EddieBauer.com (vêtements), Radioshack.com (électronique) ou Barnes & Noble.com (livres).
Le site du numéro un mondial de la grande distribution, Wal-Mart, qui passait pour un dinosaure d'Internet en 1999, se classe principalement parmi les plus visités.
«L'an dernier, les groupes de distribution étaient tout simplement absents, manquaient d'expérience. Cette année, la plupart d'entre eux ont fait de la pub pour leurs sites Internet dans leurs magasins, sur leurs prospectus», relève Seema Williams.
Le bénéfice de la marque est crucial en terme de marketing, là où les sites Web purs doivent dépenser des dizaines de millions de dollars pour asseoir leur notoriété.
Sites et magasins s'avèrent aussi très complémentaires. Les internautes peuvent s'informer en ligne sur le prix des produits et leur disponibilité pour les acheter ensuite en magasin. Ceux qui ont acheté en ligne peuvent restituer plus facilement des articles défectueux en les ramenant au magasin.
Face à ce constat, nombre de sites craquent. Le dernier grand représentant des sites de jouets, eToys.com, a déjà annoncé qu'il n'avait plus assez de liquidités pour poursuivre son activité au-delà de mars, faute de ventes de Noël à la hauteur de ses espérances.
Sentant le vent tourner, Amazon.com, le leader mondial du commerce électronique avec quelques 20 millions de clients, a préféré s'allier avec le géant Toys R Us pour la vente de jouets en ligne.
«Amazon.com commence à comprendre qu'il ne pourra pas faire face seul à des concurrents dotés de plusieurs réseaux de distribution. S'il continue sur la voie des partenariats, il a de très bonnes cartes», anticipe Seema Williams, alors que les interrogations se multiplient sur l'avenir du site.
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