Les magazines américains grand public qui sont à la «nouvelle économie» ce que Elle est aux femmes, entre autres Fast Company et Red Herring, subissent de plein fouet la déprime des «.com».
Red Herring Communications de San Francisco, éditeur du magazine imprimé Red Herring et du site Redherring.com, a annoncé hier le licenciement de 32 personnes, soit 10% de sa main-d'œuvre. En octobre dernier, la compagnie avait remercié 25 employés. Dans une entrevue à Reuters, le chef de la direction Hilary Schneider affirme que la compagnie veut sous-traiter certains postes liés au site Web et que les licenciements ne sont pas liés à la déprime du marché publicitaire. Néanmoins, sept postes de rédacteurs ont été supprimés.
Gruner & Jahr USA Publishing, une division du géant allemand des médias Bertelsmann, a annoncé aujourd'hui l'acquisition de Fast Company pour environ 510 millions$ US. Fast Company, entreprise fondée à Boston en 1995, est plus que le magazine homonyme: ses deux créateurs jadis à la tête de Harvard Business Review, Alan Webber et William Taylor, ont aussi développé un site Web assez couru, une communauté de lecteurs (Company of Friends), organisé des événements et mis sur pied des ressources pour la formation en entreprises (FC Learning). D'où les 510 millions$ pour la constellation Red Herring.
Red Herring était détenu par le magnant new-yorkais des médias Mortimer Zuckerman, qui possède le New York Daily News et le magazine U.S. News & World Report.
Les magazines spécialisés dans la «nouvelle économie» et les technologies de l'information Fast Company, Red Herring, Business 2.0, Upside, The Industry Standard ont été mis en orbite l'an dernier par la folie «start-up» et le délire boursier des compagnies Internet. En mai dernier, la périodicité de Business 2.0 passait de mensuelle à bi-hebdomadaire, Red Herring publiait un numéro de 630 pages dont 350 de publicité, The Industry Standard éditait plus de 300 pages mensuellement contre une soixantaine en 1998, et Upside quadruplait ses revenus publicitaires.
L'éclatement de la bulle spéculative au printemps dernier a brutalement sonné la fin du party. Les revenus publicitaires de ces publications grand public sur papier glacé ont été revus à la baisse. Le dernier numéro de Red Herring (18 décembre), par exemple, ne compte que 272 pages. The Industry Standard et Business 2.0 ont supprimé leurs suppléments mensuels tandis que Upside a subi une restructuration d'entreprise.
«Un de ces magazines va se casser la gueule d'ici la fin de 2001», prétend Samir A. Husni, un professeur de journalisme spécialisé dans les magazines à l'Université du Mississippi, cité par l'Associated Press. M Husni est l'auteur d'un guide annuel (Samir Husni's Guide to New Consumer Magazine) et d'un site Web de référence, Mr. Magazine.
En août dernier, M. Husni écrivait dans Forbes.com: «Les énormes, hyperthyroïdiens magazines sur la Nouvelle Économie deviennent plus gros et s'enrichissent plus rapidement que n'importe quelle catégorie de publications aux États-Unis»…
Jean-Sébastien Marsan
Détails dans la dépêche de l'Associated Press et dans celle de Reuters
Voir aussi un article du New York Post sur la vente de Fast Company