L'entreprise québécoise Mid Multimédia a officiellement rendu disponible son fureteur pour enfants AmiWeb, un produit très strict devant permettre aux enfants d'accéder à Internet de façon sécuritaire. Enfin, à certaines parties d'Internet...
Téléchargeable gratuitement en ligne, en version française ou anglaise, AmiWeb vise à empêcher les enfants de s'aventurer sur des sites Web peu recommandables. Pour ce faire, il utilise une méthode qui, à défaut d'être la plus flexible, est très efficace, soit la présélection des sites autorisés. Les enfants ne peuvent visiter que des sites qui ont été approuvés auparavant par la compagnie ou les parents. De plus, AmiWeb empêche le clic sur des hyperliens menant vers d'autres sites, le clic sur des bannières publicitaires et l'achat en ligne.
François Guité, responsable des contenus pour trois des quatre sites du portail en éducation l'École branchée, n'apprécie pas particulièrement la désactivation des liens externes. Il prend l'exemple du répertoire Yahooligans!, une version rajeunie du grand répertoire Yahoo!, mise en évidence dans AmiWeb. «Lorsqu'on effectue une recherche, presque tous les liens fournis sont inaccessibles, explique-t-il. À quoi sert un moteur de recherche si on ne peut accéder aux résultats? Par ailleurs, il y a eu un bel effort pour désactiver la publicité, une question qui nous préoccupe.»
Selon François Guité, le produit intéressera davantage les enfants de quatre à sept ans, plutôt que les quatre à onze ans comme l'indique la compagnie, en raison du caractère des animations, de l'impossibilité d'imprimer ou d'alterner entre le fureteur et une autre application pour écrire un travail. Il faut en effet qu'un parent entre son mot de passe pour pouvoir quitter le logiciel. Un avis que partage entièrement Nicolas Émond, président de Mid Multimédia: «Nous allons bientôt offrir une version pour les huit à onze ans qui répertoriera des sites offrant davantage de lecture et comprendra certaines nouvelles fonctions, dont l'impression», a-t-il indiqué. Le personnage qui sert de guide virtuel devrait aussi acquérir un peu de maturité dans cette version.
Mid Multimédia a mis environ un an à mettre au point ce produit qui répond aux besoins des jeunes, selon l'entreprise, ou des parents, selon François Guité. Pour l'instant, l'entreprise n'en tire aucun revenu direct, puisqu'il est offert complètement gratuitement et qu'aucune publicité n'y est affichée. «Nous travaillons sur une suite d'autres produits destinés aux jeunes, indique Nicolas Émond. AmiWeb sert de carte de visite.» L'entreprise espère pouvoir tirer indirectement quelques revenus de la vente de bannières publicitaires sur son «coin des parents», vers lequel AmiWeb dirige les parents.
Au-delà de la qualité du produit lui-même, c'est toute l'utilité d'un fureteur limitatif qui peut être remise en cause, selon François Guité. «Moi, je ne l'utiliserais pas pour mes enfants, fait-il valoir. Ça peut être bon pour les parents qui ne connaissent pas Internet, mais il ne faut pas non plus oublier que c'est le rôle des parents d'accompagner leurs enfants dans leur apprentissage et ça vaut aussi pour Internet.» Il n'est pas non plus convaincu de l'utilité d'un tel fureteur à l'école: «L'école est un lieu d'apprentissage, c'est un endroit pour enseigner aux jeunes, les sensibiliser, pas pour les limiter.» À terme, il croit que de tels fureteurs peuvent décourager l'utilisation d'Internet par les enfants, surtout parce qu'ils se butent régulièrement à des liens qui ne les amènent nulle part.
La comparaison entre Internet et une bicyclette permet de mieux cerner le débat entourant l'utilisation des fureteurs limitatifs. Vaut-il mieux apprendre à son enfant à pédaler ou le tenir éloigné de l'engin sous peine qu'il peut se blesser? À moins de considérer AmiWeb comme des roues de support...
Jean-François Codère