(AFP) Le leader mondial des technologies de reconnaissance vocale, Lernout et Hauspie (LetH), tente d'échapper à ses créanciers et d'éviter la faillite en se plaçant sous la protection des justices américaine et belge.
Considéré comme l'une des plus belles réussites des technologies de la communication en Belgique ces dernières années, Lernout et Hauspie était entré début novembre dans la tourmente en avouant des «irrégularités» comptables et en mettant à l'écart ses deux fondateurs, l'ingénieur Jo Lernout et le financier Pol Hauspie.
La sanction du marché avait alors été implacable et immédiate: le titre avait perdu près de la moitié de sa valeur en quelques heures, avant la suspension de sa cotation sur les Bourses de valeurs technologiques américaine Nasdaq et européenne Easdaq (Bruxelles).
La société belge a annoncé hier qu'elle s'était placée sous le régime de la loi de protection sur les faillites (chapitre 11) aux États-Unis et qu'elle avait aussi demandé de bénéficier du régime équivalent en Belgique, appelé «concordat». Ces législations américaine et belge permettent à une société de se réorganiser tout en étant protégée de ses créanciers et d'éviter une mise en faillite immédiate. Ceci devrait permettre à la société «de continuer à résoudre ses problèmes» après avoir «essayé sans succès» de conclure un accord avec ses banques, a expliqué John Duerden, P.D.G. de l'entreprise basée à Ypres (ouest de la Belgique).
Les banques créancières (Banque Artesia, Deutsche Bank, Banque Fortis et KBC Banque) ont affirmé aujourd'hui qu'elles avaient exigé lundi le remboursement des crédits parce qu'elles «ne croyaient plus à la solvabilité de l'entreprise».
Les sociétés concernées par la mise sous protection aux États-Unis sont Lernout et Hauspie Speech Products NV, Dictaphone Corporation, et LetH Holdings USA. En Belgique, la demande de concordat concerne Lernout et Hauspie Speech Products NV.
Les ennuis de LetH n'ont cessé d'empirer depuis l'aveu le 9 novembre que ses comptes de 1998, 1999 et du premier semestre 2000 devaient être revus en raison «d'erreurs et d'irrégularités» comptables non précisées. LetH aurait gonflé artificiellement ses ventes de licences informatiques à des start-up créées à son initiative en Belgique et en Asie.
Pol Hauspie, le seul des deux fondateurs de LetH qui y exerçait encore une fonction, a démissionné du conseil d'administration le 24 novembre. Sa démission est intervenue le même jour que l'annonce de l'ouverture d'une enquête par le parquet d'Ypres pour faux en écriture et infractions à la législation sur les comptes annuels des entreprises, dans le cadre de fraudes imputées à LetH. Deux autres membres du conseil d'administration ont également remis leur démission, dont l'ancien P.D.G. Gaston Bastiaens, qui avait été remplacé en août à la direction de LetH par John Duerden, ancien PDG de Dictaphone.
Avec le rachat au printemps dernier de ses célèbres concurrents américains Dragon Systems et Dictaphone,l'inventeur des petits enregistreurs maniables, la société flamande créée en 1987 avait atteint la consécration. En doublant d'un coup son volume d'activités et ses effectifs, le groupe devenait le numéro un mondial des concepteurs de logiciels pour les dictées orales à destination des ordinateurs et des voitures. Depuis, le vent a tourné.
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