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Soirée électorale canadienne sur le Net: débuts, défi, bévues

Canoë 
28/11/2000 17h22 

Bien qu'Élections Canada ait formellement interdit la mise en ligne des résultats du vote d'hier avant 22h, heure de Montréal, le décompte était disponible sur certains sites dès l'ouverture des premières boîtes de scrutin à Terre-Neuve... Deux heures avant le délai prévu!

Voir le reportage en Real VideoComme il l'avait promis, Paul C. Bryan a dévoilé les résultats au fur et à mesure qu'ils étaient dépouillés sur son site ElectionResultsCanada.com. «Mission accomplie, clame le site Web aujourd'hui. Nous avons dévoilé les résultats des Maritimes alors que les grands médias étaient tous muselés par la Loi sur les élections. Maintenant que les grands médias sont en ligne, nous devons admettre qu'ils sont beaucoup mieux équipés pour fournir des résultats complets et rapides.»

M. Bryan a débuté la soirée en mettant ses résultats à jour continuellement jusqu'à 20h25. Cependant, à partir de ce moment, il n'a fait que publier des mises à jour ponctuelles approximativement aux 15 minutes.

La présence des résultats sur ElectionresultsCanada.com démontre qu'Élections Canada n'a pas obtenu d'injonction contre M. Bryan. Ce dernier avait promis de ne pas aller de l'avant avec son projet s'il recevait une injonction ou un ordre de comparaître en Cour car, disait-il, il aurait ainsi l'occasion de défendre son point de vue et faire abolir une législation qu'il estime caduque (voir notre article).

Bévues

Pendant que M. Bryan transgressait volontairement la loi, d'autres sites ont eu la surprise de réaliser qu'ils étaient hors-la-loi.

En pointant sont fureteur sur Cyberpresse.ca, le site du quotidien La Presse fraîchement ouvert pour l'occasion, le chroniqueur Internet Michel Dumais ne s'attendait vraiment pas à trébucher sur les résultats de dernière minute.

«En arrivant sur la page où les résultats devaient se trouver, on voyait bien un message expliquant que les résultats seraient disponibles à 22h, nous a t-il expliqué. Cependant, en même temps que je lisais le message, une nouvelle fenêtre s'est ouverte, exposant au grand jour les premiers dépouillements des Maritimes.»

Une rapide enquête a permis de découvrir que les données provenaient directement du service en ligne de l'agence Presse Canadienne. Les résultats ont été disponibles sur Cyberpresse.ca de 20h à 21h30, heure à laquelle nous avons contacté Guy Granger, chef de la rédaction de Cyberpresse.ca. (Visionnez une capture d'écran à 20h04)

«Nous avons démarré le service trop rapidement, a confessé M. Granger. Le service de la Presse Canadienne ne devait pas donner de chiffres avant 22h mais des résultats sont bel et bien disponibles. Cependant, ce sont des résultats bidons qui ne sont pas mis à jour.» Cela expliquerait pourquoi, selon la fenêtre de Cyberpresse.ca, le Bloc Québécois ait réussi à faire élire quatre députés dans les provinces maritimes alors qu'il n'y présentait pas de candidats!

En vérifiant les résultats sur Cyberpresse.ca et ceux provenant directement de l'ordinateur du consortium des télédiffuseurs, il nous a été permis de découvrir que les chiffres étaient exacts et mis à jour continuellement.

Cependant, les noms des partis ne concordaient pas avec les chiffres. Les résultats du Nouveau Parti Démocratique (NPD) se retrouvaient dans la colonne du Bloc Québécois tandis que ceux de l'Alliance Canadienne et du Parti Conservateur étaient inversés. (Capture d'écran à 21h21)

Heureusement, quelques minutes après que nous ayons parlé à M. Granger, les résultats n'apparaissaient plus sur Cyberpresse.ca. (Capture d'écran à 21h36)

En revanche, la fenêtre de la Presse Canadienne continuait de donner les résultats (erronés!) en direct lorsqu'une requête était faite directement à l'URL http://federalelection.cp.org/Electorales2000/Top.asp. «Vous n'êtes pas supposé accéder à cette page directement», nous a-t-on répondu au bureau de la Presse Canadienne lorsque nous les avons contactés.

La confusion entre les noms de partis et les résultats a été réglée lors de l'ouverture «officielle» de la page à 22h.

Qu'ils soient erronés ou encore piètrement dissimulés dans un URL obscur, ces résultats étaient quand même disponibles au public, sous l'enseigne de la vénérable Presse Canadienne. Ils pouvaient ainsi influencer le vote dans les régions où les bureaux de scrutin étaient toujours ouverts, phénomène que la réglementation cherche justement à éviter.

L'analyste Philippe Leroux, qui a découvert le pot aux roses en même temps que Michel Dumais, a décidé de contacter Élections Canada pour les avertir de la situation. On lui a simplement répondu qu'on observerait la situation de près.

Le Commissaire aux élections, responsable d'agir dans ce genre de problème, a les mains liées tant qu'une plainte écrite n'est pas déposée. Impossible de savoir si une telle requête a été faite car le Commissaire ne fait aucune déclaration avant qu'une plainte n'ait abouti en accusations. L'organisme gouvernemental veut à tout prix éviter que le processus de plainte ne soit utilisé à des fins politiques.

Il faudra donc rester vigilant pour savoir si des accusations seront portées contre M. Bryan ou les autres sites hors-la-loi. Si une station de télé avait diffusé les résultats d'un océan à l'autre, volontairement où non, il y a fort à parier que nous n'en serions pas à attendre d'éventuelles plaintes pour avoir une réaction du Commissaire.

Une autre preuve que même si on prend bien la peine de mentionner qu'«Internet est un média comme les autres» (voir notre article), on le considère rarement ainsi dans les faits...

Dominic Fugère

Consultez notre dossier sur l'élection fédérale du 27 novembre








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