(AFP) Le Japon devra d'abord sortir de l'impasse financière et se convertir réellement à l'économie de marché avant de pouvoir bénéficier de la révolution des technologies de l'information dont se gargarisent les dirigeants nippons, ont averti aujourd'hui un économiste et un banquier de renom.
Ronald McKinnon, un professeur à Standford (États-Unis) expert en finance internationale, et Henry Paulson, le président directeur général de la prestigieuse banque d'affaires américain Goldman Sachs, ont dit chacun à leur manière qu'Internet ne permettrait pas à l'archipel d'éviter une douloureuse conversion.
«Le Japon ne bénéficiera pas beaucoup de la révolution des technologies de l'information tant qu'il n'aura pas réparé son système macroéconomique», a affirmé le professeur McKinnon au cours d'un colloque organisé par le quotidien Nihon Keizai. Il a mis en garde contre «l'idée qu'une explosion de l'investissement dans les technologies de l'information résoudra le problème». «Pour le Japon, Internet n'est pas la panacée», a
renchérit M. Paulson.
La difficulté des dirigeants japonais à rompre avec le modèle de croissance dirigiste qui a conduit l'économie japonaise dans l'impasse a été illustrée jusqu'à la caricature avec l'annonce par le Premier ministre Yoshiro Mori d'un plan gouvernemental, «E-Japan», dont l'ambition affichée est de voir le Japon dépasser les États-Unis en cinq ans dans le domaine des technologies de l'information.
«Si la démarche consiste pour le Japon à ce que le gouvernement prenne la direction des opérations et oriente
l'investissement, le succès ne sera pas à la mesure de vos possibilités», a lancé M. Paulson devant la même
audience.
Le gouvernement japonais doit «renoncer à l'interventionnisme pesant d'une planification dictée par l'État». Le
succès du plan Mori «sera directement proportionnel à la capacité du Japon à lâcher la bride au secteur privé pour qu'il innove et soit concurrentiel», a affirmé le patron de Goldman Sachs.
Même si la transition est douloureuse, ce changement passera inévitablement par l'arrêt de la protection accordée aux entreprises et aux secteurs non compétitifs. «Il faut laisser les mauvaises entreprises faire faillite et disparaître», a-t-il insisté.
La forte hausse de la productivité, qui explique la renaissance de l'économie américaine depuis le milieu des
années 1990, n'est pas due uniquement à Internet, a expliqué M. Paulson. «Je pense personnellement que l'expansion économique des États-Unis a commencé il y a vingt ans, avec des réductions d'impôt importantes et la
déréglementation qui a encouragé la concurrence entre les entreprises».
Ronald McKinnon estime que le moment-clef pour les États-Unis intervient au milieu de l'année 1995, quand le président de la Réserve Fédérale Alan Greenspan a «réussi à stabiliser la situation macro-économique et l'économie a décollé».
Selon lui, l'incapacité du Japon à sortir de la stagnation économique relève d'une erreur de diagnostic. Toutes les difficultés du pays dans les années 1990 sont le résultat d'une crainte permanente de la hausse du yen sous la pression mercantiliste des États-Unis.
Afin de compenser l'effet de ces anticipations négatives sur les acteurs privés, les ménages comme les entreprises, le gouvernement de Tokyo a ruiné les finances publiques. Et la manipulation de la politique monétaire illustrée par la politique de taux d'intérêt zéro de la Banque du Japon a débouché sur une impasse.
Il n'y a, selon le professeur McKinnon, qu'un seul moyen de sortir de cette impasse: sceller un accord bilatéral avec les États-Unis pour stabiliser le rapport yen/dollar, avec un taux de référence à long terme de 115 yens pour un dollar. Mais, comme il le reconnaît lui-même, un tel accord est techniquement simple, mais politiquement difficile.
© 2000 AFP
L'AFP rapportait hier des propos du P.D.G. de Sony sur l'économie japonaise