INCONTOURNABLES

Défi J’arrête, j’y gagne !
Soumission belairdirect
PUB

Bulletin Techno

Apprenez les nouvelles dès qu'elles se produisent..


Adresse électronique :

Tous nos bulletins

Membres Canoe.ca


Internet et ruralité: un autre «fossé numérique» à combler

Canoë 
30/10/2000 17h20 

En milieu rural, Internet est à la fois une menace (la cyberculture urbaine accroît l'attrait de la ville) et une opportunité de développement local. Tour d'horizon d'une réalité méconnue, celle du Net à la campagne.

Les 25, 26 et 27 octobre dernier, environ 150 spécialistes du développement local et de la ruralité ont participé à la Cyber-rencontre des milieux ruraux, colloque qui s'est déroulé dans une auberge aussi luxueuse qu'isolée près du village de Saint-Michel-des-Saints (160 km au nord de Montréal). Le site Web de l'événement est devenu, grâce aux consensus et à l'apport en contenu du colloque, un «réseau cyber-rural» québécois que ses organisateurs décrivent comme le premier du genre.

Une prémisse de la Cyber-rencontre, et partie intégrante de sa conclusion: Internet demeure un phénomène essentiellement urbain. Le «village global» n'existe pas, la société des réseaux étant d'abord un maillage de technopôles, de métropoles. En milieu rural québécois, Internet est encore marginal avec un taux de branchement de 10% inférieur en moyenne à celui de la région de Montréal (voir les statistiques sur le site de la Cyber-rencontre).

Carrefours-clés en région, les Centres d'accès communautaires à Internet (CACI) créés depuis 1994 en vertu du Programme d'accès communautaire d'Industrie Canada peinent à émerger de la précarité. Bien que le gouvernement fédéral soit sur le point d'atteindre son objectif de 5 000 CACI dans les collectivités rurales canadiennes comptant moins de 50 000 habitants, les participants à la Cyber-rencontre ont été unanimes à déplorer les lacunes du programme: manque de ressources humaines (les CACI reposent trop souvent sur le bénévolat), financement à court terme, difficulté de production de contenu adapté à leur milieu. En février dernier, nous avions brossé un portrait similaire des CACI.

Dans les entreprises des régions, Internet n'a pas encore fait son nid. Le CEFRIO estime qu'en 1999, plus de 61% des petites entreprises québécoises (majoritaires en milieu rural) possédaient un ordinateur, 30% un accès Internet et seulement 11% réalisaient une diffusion Web, peut-on lire dans la section «statistiques» du site de la Cyber-rencontre. Selon Alain Sévigny, conseiller en développement des affaires électroniques chez Développement économique Canada, seulement 5% des petites entreprises de la région des Laurentides seraient branchées et le commerce électronique se heurte à une certaine résistance (voir notre précédent article sur la Cyber-rencontre).

Aussi, la formation et les emplois en nouvelles technologies de l'information se concentrent dans les grandes agglomérations urbaines, jusqu'à créer de toutes pièces des vitrines comme la Cité du multimédia de Montréal.

Pour compliquer le portrait, la ruralité est un concept à géométrie variable dans de vastes territoires comme le Québec et le Canada. Dans la petite province canadienne de l'Île-du-Prince-Edouard, quand les ruraux vont en ville, ils se déplacent dans la capitale Charlottetown, une agglomération d'environ 32 000 habitants… classée milieu rural dans les statistiques du gouvernement fédéral!

Retour à la terre techno

Pragmatiques («les NTIC sont d'abord et avant tout un OUTIL», indique en gras le rapport-synthèse des ateliers de la Cyber-rencontre), les acteurs du développement régional croient qu'Internet pourrait contribuer à un rééquilibre entre la ville et la campagne. Un phénomène déjà amorcé par les «rurbains», ces professionnels venus skier, chasser, pêcher ou se détendre dans de vastes complexes récréo-touristiques, yuppies qui acquièrent une propriété pour ensuite, la retraite venue, s'établir définitivement à la campagne.

Internet facilite le télétravail (des citadins choisissent de bosser à la campagne pour le compte d'un employeur établi en ville) et le travail autonome en région, contribue à briser l'isolement, aide au maintien de services sociaux dans des localités rurales en déclin, favorise la création de nouveaux métiers et peut ajouter à la diversification d'économies basées sur l'exploitation des ressources naturelles. Mais comme le soulignait la semaine dernière Bruno Jean, directeur du doctorat en développement régional de l'Université du Québec à Rimouski, «Les autoroutes de l'information fonctionnent dans les deux sens. Cela veut dire qu'on peut servir les ruraux à distance et, grâce aux NTIC, des emplois vont quitter les zones rurales pour se relocaliser en ville.»

Les infrastructures de télécommunications figurent en haut de la liste des obstacles au déploiement d'Internet en région: lignes téléphoniques partagées dans plusieurs zones, absence de téléphonie dans le Grand Nord, accès Internet haute vitesse rarissime. Au Québec, les communications par téléphone cellulaire s'avèrent impossibles au nord de Saint-Jean-de-Matha, un village pourtant situé à une centaine de kilomètres de Montréal. Le fournisseur de services mobiles Bell Mobilité indique à ses clients les limites de son réseau numérique dans l'Est du Canada sur une carte géographique qui parle d'elle-même.

En octobre 1999, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) exigeait des entreprises en télécommunications qu'elles étendent le service aux zones encore non desservies et qu'elles l'améliorent dans les zones mal pourvues. À cet égard, le gouvernement du Canada s'est récemment engagé à rendre les services Internet haute vitesse à large bande accessibles à toutes les collectivités du pays d'ici 2004 (détails dans notre article).

Les gouvernements sont d'ailleurs les premiers sollicités lorsqu'il s'agit d'élaborer des solutions d'avenir, pouvait-on constater à la Cyber-rencontre de Saint-Michel-des-Saints. Très présents, Développement économique Canada et son réseau des Sociétés d'aide au développement des collectivités (SADC), Industrie Canada, les ministères québécois de l'Industrie et des Régions s'activent sur tous les fronts. Ce qui n'empêche pas les professionnels du développement local de pester contre les «bureaucrates déconnectés de la réalité» qui élaborent des programmes régionaux dans leurs bureaux de Montréal, Québec ou Ottawa...

Jean-Sébastien Marsan

 Le site de la Cyber-rencontre et ses ressources Web








[Autres cyberactualités]