(AFP) Partagés entre l'inquiétude et la séduction face à Internet, les participants aux dixièmes rencontres cinématographiques de Beaune, en Bourgogne, ont débattu vendredi dernier de l'avenir du cinéma sur la Toile.
Ces dixièmes rencontres, organisées par l'Association des Auteurs, Réalisateurs, Producteurs (ARP, qui regroupe 170 membres, de Jean-Jacques Annaud à Claude Zidi, en passant par Jean-Luc Godard, le Malien Souleymane Cissé et l'Allemand Volker Schlondorff), ont été ouvertes par l'acteur Jacques Perrin, producteur d'Himalaya et de Microcosmos.
Pour Marc Welinski, directeur du pôle audiovisuel de Wanadoo, le cinéma sur la Toile ne sera une réalité que lorsque la diffusion des images à haut débit arrivera. «Les offres commerciales existent, dit-il, mais ce ne sera un vrai marché que dans 18 mois à deux ans».
«Internet offrira alors une deuxième vie à un film, dont le sort est fixé le jour de sa sortie, le mercredi à 14H», a déclaré Guillaume De Posch, directeur général adjoint en charge des programmes à la chaîne TPS. La Toile est déjà le premier contact avec le public pour de jeunes cinéastes qui y présentent leurs courts métrages, souvent de l'animation comme 405, réalisation en 3D de l'atterrissage en catastrophe d'un Boeing, qui a enregistré 400 000 connections, selon Daniel Kapelian, l'un des animateurs du débat.
Le format court est plus adapté à l'écran de l'ordinateur et à sa lenteur. Responsable du développement de Primefilm.com, un site qui a lancé il y a déjà six mois un festival de courts métrages, Thierry Boscheron, le réalisateur de Sur un air d'autoroute, précise qu'il y a eu 12 000 chargements par mois. Ce festival se concluera le 16 novembre par un palmarès.
Crainte du piratage
Thierry Boscheron croit à l'avenir du cinéma sur le Net mais pour un public particulier. ««On va toucher de petites communautés, des niches: 2 000 personnes à New York, à Moscou ou à Tokyo pourront ainsi voir un film français. La notion de grand public n'existe pas. Il est atomisé».
Aujourd'hui, le public potentiel, ce sont 350 millions d'internautes dans le monde mais en 2002, prévoit Flore Segalen de AOL France, il y en aura un milliard.
Certains participants sont sceptiques. Veronique Cayla, membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) en attendant de prendre ses fonctions au sein du triumvirat qui dirige le festival de Cannes, «ne croit pas qu'Internet soit l'avenir du cinéma. Entre Internet et le cinéma, il n'y a pas de convergence, affirme-t-elle, mais il y a une complémentarité» (making of, jeux dérivés, promotion des films).
L'une des grandes craintes des cinéastes reste le piratage. «Ce qui se passe pour la musique peut nous arriver demain», souligne Pascal Rogard, le délégué général de l'ARP. Actuellement, la lenteur du téléchargement (cela peut prendre une semaine à débit normal pour un long métrage) protège les producteurs et réalisateurs de cette menace. Mais «la vitesse et la qualité sont multipliés par deux tous les six mois», souligne Thierry Boscheron.
La table ronde était animée par Daniel Kapelian et Philippe Mari, cofondateurs Initial Cut, créé par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) pour aider les auteurs et créateurs des nouveaux médias. Cet incubateur de projets s'oriente vers l'interactivité, les jeux et les programmes pour enfants plutôt que vers le cinéma car tous ont tenu à rappeler que la destination première d'un film était le grand écran.
© 2000 AFP