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Le Japon n'est pas compétitif sur le Net, selon le patron de Sony

Canoë 
30/10/2000 17h20 

(AFP) Le P.D.G. du géant japonais de l'électronique Sony, Nobuyuki Idei, a estimé nécessaire aujourd'hui une accélération des restructurations au Japon, critiquant le gouvernement qui continue de protéger les groupes de télécommunications et les entrepreneurs qui n'osent pas réduire les sureffectifs.

«Ce qui a été fait aux États-Unis en plusieurs décennies, doit être fait au Japon en quelques années. La restructuration du secteur manufacturier doit avoir lieu au Japon aussi», a-t-il déclaré.

Le Japon a accumulé des surcapacités en effectifs et sites de production au cours des dernières années, un phénomène qui s'est accentué avec les délocalisations provoquées par le yen fort, a estimé M. Idei.

Il a souligné que Sony «ne fait pas exception à la règle». «Nous avions trop de capacités et trop de gens. Nous avons récemment cédé deux usines à une société américaine (Solectron)», a-t-il noté.

Dans le contexte japonais, il est «difficile psychologiquement de mettre dehors des gens, de fermer des usines, on est perçu comme quelqu'un de mauvais», a souligné M. Idei. Pour illustrer l'état d'esprit de nombreux dirigeants nippons, il a cité une maxime du patron de Toyota Motor, Hiroshi Okuda, selon lequel «un patron qui licencie un seul employé, doit s'ouvrir le ventre» (suicide rituel japonais).

M. Idei s'est montré inhabituellement pessimiste pour un patron nippon, estimant que «le bilan du Japon est comme un ventre ballonné par un excès de dettes et serait voué à la faillite s'il s'agissait d'une entreprise».

Le Japon doit donc chercher le plus rapidement possible à se restructurer et ouvrir les secteurs protégés comme les services publics et les télécommunications, a estimé M. Idei, qui s'insurge contre le monopole du géant des télécommunications Nippon Telegraph and Telephone (NTT).

«Pourquoi le Japon est-il à la traîne dans Internet? Parce que le gouvernement japonais protège les intérêts de NTT davantage que ceux des consommateurs», a-t-il estimé. Et de citer les États-Unis, dont le succès est fondé sur la compétition entre entreprises et le respect des règles anti-trust, même si cela a parfois été douloureux. «Détroit est passée d'une population de 1,5 million d'habitants à 900 000 personnes, en l'espace de quelques années à la suite des coupes sombres dans l'industrie automobile», a noté M.Idei.

Continuant son réquisitoire tous azimuts, il a estimé que le gouvernement est conscient de certains problèmes mais trop lent à agir. Parallèlement, il a critiqué les médias qui s'acharnent sur l'impopulaire Premier ministre Yoshiro Mori, estimant qu'on «n'a plus le temps de se titiller». «Sans action aujourd'hui, nous allons nous retrouver dans une situation désespérée», a-t-il estimé.

Il a estimé que les dirigeants d'entreprise japonais doivent prendre l'initiative et les a accusés d'attendre trop souvent de voir ce que décidera le gouvernement ou ce que feront leurs rivaux. «Il faut des leaders qui pensent par eux-mêmes et soient capables de survivre même si le Japon s'effondrait», a-t-il déclaré.

Copyright © 2000 AFP








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