Il y a un an, Pierre Karl Péladeau invitait ses partenaires et des journalistes au siège social de feu Intellia afin d'exposer sa stratégie Internet. Le nouveau converti au Web avait de grands plans et il a accompli beaucoup de choses cette dernière année.
Cependant, il y a peu de liens entre les deux...
«Nous allons nous appuyer sur des partenariats déjà établis avec nos clients en imprimerie d'un peu partout à travers le monde afin d'élargir notre carnet de commandes pour notre division Nouveaux médias», expliquait alors Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Quebecor.
Il citait en exemple le journal sportif français L'Équipe, imprimé par Quebecor, ce qui en ferait un beau cas d'espèce. M. Péladeau disait que ses clients feraient plus facilement confiance à un fournisseur actuel pour les guider vers le monde numérique. Son pari ne s'est pas réalisé. L'Équipe a lancé son site Web depuis et aucune trace de Quebecor...
Fusions et acquisitions
Si le développement de la clientèle ne s'est pas déroulé aussi rapidement que le souhaitait M. Péladeau, il aura été compensé par une étourdissante succession de fusions et d'acquisitions.
Il faut rappeler que M. Péladeau faisait alors sa profession de foi du côté des nouveaux médias. Le secteur était en pleine effervescence dans l'empire Quebecor.
La boutique en ligne Archambault.ca venait d'être lancée (voir notre récapitulatif) et Quebecor terminait à peine la prise de contrôle de CANOE et s'apprêtait à mettre en ligne Canoë, la version française du site précédent. Les achats allaient ensuite débouler et grandir à chaque étape.
L'objectif de 300 employés à Montréal chez Intellia allait être rapidement dépassé. Facile: une semaine plus tard, Quebecor a acquis la société d'intégration informatique Informission pour la fusionner avec Intellia et ainsi monter le compte à plus de 1 000 employés. Le rejeton de la fusion a depuis été rebaptisée nurun.
Si cet achat d'Informission semblait important (38 million$), ce n'était que le début. Informission-Intellia-nurun achetait ensuite Cythère (France), MSM (Chili), Quam (Italie) et digIT (Ontario) (voir notre article).
Quebecor réalisait ensuite le clou du spectacle en rachetant Vidéotron et ses actifs en nouveaux médias (principalement Netgraphe), une saga que nous ne résumerons pas ici mais qu'il est possible de se faire raconter dans notre dossier. (NDLR: Netgraphe contrôle la société qui édite Multimédium.)
Des intégrateurs informatique aux sites grand public en passant par des boutiques en ligne et les agences Web, on peut dire que la stratégie de Quebecor, si elle est imposante, reste très floue.
D'ailleurs, tout n'allait pas nécessairement pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsque CANOE a dû remercier de nombreux collaborateurs le mois dernier (voir notre article). Ajoutons que des barreurs de CANOE, dont Jacques Hurtubise, Alain Rouleau, François Boulet et John Paton ont également débarqué du navire au cours des dernières semaines.
Le grand défi sera de voir comment toutes les parties de cette constellation résolument «nouvelles technologies» mais surtout très éclatée réussiront à graviter ensemble autour d'une stratégie cohérente. De toutes façons, il serait probablement futile de demander à M. Péladeau de nous expliquer sa stratégie. L'an prochain, on risque fort de se retrouver encore une fois avec des résultats bien loin des prévisions...
Dominic Fugère
Notre article d'il y a un an