Vous n'avez pas encore vu le site Web Romansite, de la Société Radio-Canada (SRC). Normal, ce n'est qu'un projet. Et en difficulté, car ses éventuels collaborateurs sont invités à le boycotter.
Romansite est destiné à la découverte de la littérature jeunesse québécoise par les élèves du primaire et du secondaire, en utilisant sur le Web des paragraphes ou chapitres de plusieurs oeuvres littéraires.
Hier, l'Union des écrivaines et écrivains québécois (UNEQ) a diffusé un communiqué sur le «droit d'auteur bafoué par Radio-Canada», invitant tous les écrivains à boycotter l'initiative de la société d'État. L'association soutient que Romansite, qui ne prévoit pas de rémunération des auteurs choisis, est un «projet de pillage pur et simple.»
Sans tarder, la SRC a exprimé sa surprise. Dans un communiqué diffusé hier soir, Radio-Canada qualifie de «nettement prématurée» la demande de boycott de l'UNEQ, ajoutant que «nulle action entreprise dans le cadre de ce projet par Radio-Canada ne va à l'encontre de quelque pratique ou règle reliées au respect des droits d'auteurs.»
Qui a tort, qui a raison?
L'UNEQ nous a transmis aujourd'hui une correspondance entre un responsable de Romansite et un membre de l'UNEQ. «Les budgets étant coupés dans tout Radio-Canada, il y a juste de quoi faire face à la mise en route du site, écrit un chargé de projet de la SRC. Ce qui a pour conséquence qu'il n'y aura pas possibilité de passer par Copibec et donc les auteurs devront accepter de participer sur une base volontaire au site.»
Copibec est une société québécoise de gestion collective des droits de reproduction, au nom des éditeurs qui lui ont accordé une licence ou un mandat à cet effet. Selon son site Web, Copibec «regroupe à ce jour, 550 éditeurs québécois de livres, de journaux et de périodiques, ainsi que quelque 9 000 auteurs québécois et canadiens.»
Copibec a été contactée en juin dernier par les promoteurs de Romansite, déclare la directrice générale de l'organisme, Hélène Messier. Au nom des ayant droits, Copibec a réalisé une proposition de tarifs pour Radio-Canada. «Et on n'en a plus entendu parler», confie Hélène Messier, qui qualifie de «bon rappel» la réaction de l'UNEQ.
«Normalement, l'utilisation d'une œuvre protégée droit comporter une rémunération pour l'auteur, souligne Hélène Messier. C'est la moindre des choses», et ce malgré la culture de la gratuité sur l'Internet.
Selon le directeur général de l'UNEQ, Pierre Lavoie, contacter Copibec avant de reproduire des œuvres «est une consultation incontournable, en principe.» Les membres de l'UNEQ ont-ils déjà été victimes de viol de leur droit d'auteur sur le Net? «Oui, tout à fait», affirme M. Lavoie, sans cependant décrire de cas précis.
«Romansite est un projet de site Web, et j'insiste sur le mot projet, nous sommes très très loin de la production», affirme pour sa part Stéphane Bousquet, du bureau de la direction des nouveaux médias de la SRC. «Romansite n'a pas encore passé de stade de l'évaluation par la direction», spécifie-t-il.
Stéphane Bousquet affirme que les auteurs approchés pour Romansite se sont vus offrir une visibilité auprès d'un plus large public en échange de la publication d'un extrait littéraire libre de droits. M. Bousquet ne voit pas en quoi ce projet non commercial, à caractère éducatif, pourrait porter préjudice aux auteurs. Il ajoute que si les auteurs ont été approchés d'une manière non respectueuse, cela pourrait «altérer» le projet.
Jean-Sébastien Marsan
La liste des auteurs jeunesse membres de l'UNEQ
Le site de l'Association des écrivains québécois pour la jeunesse