(AFP) Le numéro un japonais de la téléphonie mobile NTT DoCoMo a posé un nouveau jalon sur la voie de son expansion à l'étranger en s'alliant avec le géant américain America Online (AOL), dont il espère se servir comme tête de pont aux États-Unis.
L'accord signé mercredi prévoit surtout le développement conjoint par AOL et NTT DoCoMo de nouveaux services d'accès à l'Internet combinant les réseaux de téléphonies fixe et mobile. Un groupe de travail sera créé pour déterminer les investissements nécessaires.
«Cette alliance stratégique va contribuer à donner forme à la prochaine génération de l'Internet», a estimé Michael Lynton, patron de AOL International.
Sur le plan financier, le rapprochement entre AOL et NTT DoCoMo est en revanche modeste puisque DoCoMo ne déboursera que 10,3 milliards de yens
(96,3 millions$ US) pour entrer dans AOL Japan, filiale japonaise d'AOL, dont il deviendra le premier actionnaire avec 42,3%.
Dans l'immédiat, avant de se lancer dans de grands projets, les deux groupes vont coopérer dans leurs spécialités d'origine: DoCoMo espère que l'alliance lui permettra d'exporter aux États-Unis son système d'accès à l'internet depuis un portable («i-mode»), très populaire au Japon, et les autres services multimédias prévus pour la troisième génération de téléphonie mobile.
Cette alliance «jouera un rôle important dans l'expansion à l'échelle mondiale du système i-mode et des services de multimédia mobile et la promotion de la technologie W-CDMA dans le reste du monde», a estimé Keiji Tachikawa.
DoCoMo a accéléré depuis le printemps son expansion sur les marchés étrangers, renforçant ses partenariats en Asie notamment avec Hutchinson
Whampoa (Hong Kong) et tissant des liens en Europe, en particulier avec le Néerlandais KPN Mobile (dont il a pris en mai 15% du capital pour 3,8 milliards$ US).
Les États-Unis sont la pièce manquante de ce vaste échiquier et l'accord avec AOL lui donne l'occasion d'y prendre pied. Pour AOL, numéro un mondial de l'accès à l'Internet à partir des ordinateurs (un marché peu développé au Japon), l'alliance constitue un moyen de devenir plus visible dans l'archipel en accédant au vivier d'abonnés «i-mode» (plus de 12 millions et plus de 17 millions prévus) qui l'aidera à leur vendre ses services et contenus.
À la Bourse de Tokyo, l'action DoCoMo a grimpé, clôturant en hausse de 60 000 yens ou 2%. Les analystes étaient toutefois partagés entre ceux qui applaudissaient ce premier pas de DoCoMo sur le marché américain et ceux qui émettaient des doutes sur les gains à attendre de l'expansion à l'étranger du groupe.
Pour Kirk Bodry, analyste chez Dresdner Kleinwort Benson, le rapprochement avec AOL n'est qu'une étape dans la recherche d'un pygmalion américain qui devra être une compagnie de télécommunications «nationale ou quasi».
«Stratégiquement, AOL est un bon allié pour DoCoMo avec ses 24 millions d'abonnés et je pense que cela rend aussi DoCoMo plus attrayant pour un partenaire», a-t-il souligné.
À long terme, l'accord devrait bénéficier aux deux partenaires, selon les experts, car DoCoMo profitera du catalogue de contenus d'AOL, qui est en train de fusionner avec Time Warner, tandis qu'AOL renforcera ses positions aux États-Unis face à ses rivaux en se dotant de services d'internet mobile.
Mais certains, comme Takayoshi Koike de SG Securites, se posent des questions sur la stratégie de DoCoMo à l'étranger. Il fait ainsi remarquer que les alliances nouées en Europe avec Hutchinson et KPN ne «peuvent pas être considérées comme stratégiques» parce que conclues avec des opérateurs marginaux sur ces marchés.
«Je ne sais pas combien de profits DoCoMo peut compter tirer des activités en Europe», a lancé M. Koike, en soulignant que de nombreux opérateurs locaux sont en train d'abandonner l'idée de la troisième génération (réseaux à large bande en général en fibres optiques) jugée trop coûteuse.
En ce qui concerne les États-Unis, il est, selon lui, trop tôt pour savoir qui s'adjugera la suprématie d'un secteur encore embryonnaire.
© 2000 AFP
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