INCONTOURNABLES

Défi J’arrête, j’y gagne !
Soumission belairdirect
PUB

Bulletin Techno

Apprenez les nouvelles dès qu'elles se produisent..


Adresse électronique :

Tous nos bulletins

Membres Canoe.ca


«Éduformation»: vieux cours, nouveaux médias, gros bidous

Canoë 
26/09/2000 17h17 

Pour rendre compte de l'univers mouvant des nouveaux médias dans l'éducation et la formation, le CESAM a cru bon d'inventer, pour son dernier rapport de veille, ce qui sera peut-être un nouveau buzz word: l'«éduformation».

«Avec le multimédia, l'éducation et la formation à distance ont tendance à s'amalgamer, c'est un autre phénomène de convergence», a déclaré aujourd'hui Marcel Messier, président du conseil d'administration du Consortium CESAM (Centre d'expertise et de services en applications multimédias) devant environ 75 personnes réunies à Montréal pour le lancement du rapport de veille intitulé direction@pprentissage.virtuel (disponible dès aujourd'hui, en format PDF).

Pour quiconque veut cerner les acteurs ainsi que les enjeux de l'éducation et de la formation sur Internet, ce rapport est sans contredit un des plus complets. Aussi, il est suffisamment critique sur ce qui semble un nouveau marché d'une valeur dépassant le milliard$: vendre une formation sur le Net comme d'autres y vendent des livres ou du sexe.

«Mais ce qu'on a vu écrit à droite et à gauche sur le marché est incohérent», a déclaré en conférence de presse Philippe Le Roux, associé chez la firme montréalaise de consultants VDL2, qui a profité de sa collaboration au rapport de veille pour présenter les faits saillants du rapport.

Trois marchés, deux acteurs

Le CESAM a défini trois marchés pour l'«éduformation»: la formation initiale (surtout à l'université), la formation professionnelle continue (de plus en plus répandue et exigeante) et la formation personnelle «à la carte», plus proche du loisir que de l'enseignement. Il y aurait plus de 90 000 programmes de formation à distance en Amérique du Nord et «70 millions de personnes suivront des cours sur Internet cette année», a déclaré M. Le Roux.

Le rapport indique qu'Internet est ancré dans le milieu éducatif (après tout, il a été inventé puis développé par des universitaires), que les jeunes d'aujourd'hui l'utilisent couramment et que la scolarité à domicile sort de la marginalité. Dans ce contexte, les «acteurs traditionnels» mettent en œuvre trois approches du numérique: à l'interne («simple prolongation, sur le Net, des activités traditionnelles de l'organisation», peut-on lire dans le rapport), à l'externe (créer une division «en ligne» pour offrir des cours à distance) ou multiple («conclure des partenariats en ligne entre les établissements d'enseignement»).

Pendant ce temps, des médias numériques, des cybercommerces et des spécialistes des télécommunications investissent à fond dans la formation à distance via Internet. Les leaders de l'industrie ont investi 4,2 milliards$ US dans des acquisitions durant la première moitié de l'exercice 2000, indique le rapport du CESAM.

Leurs modèles d'affaires, diversifiés, vont du campus virtuel au partage de notes de cours en ligne en passant par les enchères inversées (incroyable mais vrai, eCollege permet à l'étudiant de sélectionner une formation en fonction des frais qu'il est prêt à débourser, puis le met en relation avec les collèges participant aux enchères!) L'investissement initial dans un système de formation à distance étant onéreux, les entreprises n'ont d'autre choix que de toucher une large clientèle pour être rentables, relève le rapport.

«Malheureusement, on nous offre énormément de technologies, mais peu de contenu», a déclaré Philippe Le Roux. «On s'est aussi aperçu que les acteurs du commerce électronique ont un intérêt marqué pour l'éducation afin d'attirer de nouveaux consommateurs à qui ils offriront des produits, a souligné M. Le Roux. Ils ont même inventé un [autre] néologisme pour cela, l'"éducommerce".»

De l'influence du modèle AOL-Time Warner en éducation

L'avenir résiderait donc dans une collaboration entre les institutions d'enseignement traditionnelles (qui fournit un «contenu» éprouvé) et des entreprises de la «nouvelle économie» (spécialistes du «contenant», de la quincaillerie). Le fameux modèle «click and mortar», quoi.

Or les écueils sont nombreux. Le commerce électronique de la formation à distance soulève des problèmes de propriété intellectuelle (les professeurs traditionnels accepteront-ils que leurs institutions vendent leurs cours sur le Net?), d'éthique académique (il est si facile, pour un étudiant, de plagier des textes dénichés çà et là dans le cyberespace...) ainsi que d'accréditation et de validation des savoirs (quelle autorité déterminera la valeur des cours, des examens, des diplômes?). Et puis, dans le contexte de gratuité des «contenus» propre à l'Internet, comment rentabiliser des formations?

Surtout, «Il n'y a pas encore de modèle pédagogique efficace pour la formation en ligne», a déclaré Philippe Le Roux. «En l'absence de modèles, on n'a pas encore défini le rôle et la formation des enseignants.» Autrement dit, il n'y a pas de réponse à la question que tout le monde se pose: la formation en ligne, est-ce que ça fonctionne?

Il est même impossible de savoir combien de gens terminent leurs cours en ligne, a spécifié M. Le Roux: «On en a aucune idée! L'efficacité est effectivement un enjeu de fond.»

Ce quatrième rapport de veille du CESAM est «probablement» le dernier, a indiqué aujourd'hui le consortium, arguant que le CESAM vit une «restructuration». Il fusionne en effet avec deux organismes montréalais, le Forum des inforoutes et du multimédia (FIM) et l'Association des producteurs en multimédia du Québec (APMQ), un regroupement annoncé en avril dernier (voir notre article).

Le précédent rapport de veille du CESAM, l'excellent Quand Internet prend l'antenne, sur l'impact d'Internet sur la télévision (voir notre article), aurait fait l'objet de 10 000 téléchargements, selon le CESAM.

Jean-Sébastien Marsan

 Le rapport de veille du CESAM
 Nous rapportions hier que les nouvelles subventions du Fonds de l'autoroute de l'information du Québec privilégient l'enseignement en ligne
 Notre dossier sur l'enseignement à distance via Internet








[Autres cyberactualités]