(AFP) En moins d'une semaine, l'Internet est devenu en France le lieu de toutes les révélations sur l'affaire Méry, mais elles viennent de deux itres historiques de la presse écrite, Le Monde et L'Express, qui ont trouvé dans la Toile un outil pour amplifier leurs scoops.
Le Monde a ouvert le feu jeudi dernier en mettant en ligne, deux heures avant la sortie de son édition papier, la confession vidéo du financier du parti gaulliste RPR, Jean-Claude Méry. Dans ce cas, il s'agissait de proposer à ses lecteurs le document filmé et sonore au coeur de l'affaire et aussi de tirer ses ventes vers le haut grâce à l'écho donné par les radios et les télévisions.
L'approche est différente pour l'hebdomadaire L'Express qui a mis en ligne dimanche, quatre jours avant sa parution, un article affirmant que l'original de l'enregistrement vidéo de M. Méry avait été détenu par l'ancien ministre socialiste des Finances Dominique Strauss-Kahn. Mais, pour en savoir plus, les lecteurs devront acheter l'hebdomadaire. «La prochaine édition de L'Express révélera les détails de ce rebondissement», mentionne le site.
La vidéo-confession sur le financement occulte des partis politiques provoque un véritable séisme politique en France, frappant de plein fouet le Premier ministre socialiste Lionel Jospin, après le président de droite Jacques Chirac, à un an et demi de l'échéance présidentielle. La cassette vidéo entregistrée en 1996 à titre de protection voire de chantage par l'homme d'affaires Jean-Claude Méry, met en cause M. Chirac dans une affaire présumée de financement occulte de son parti, le RPR (Rassemblement pour la république).
Le sccop en ligne est «un bel exemple de complémentarité réussie» entre les deux supports, souligne Christian Makarian, directeur adjoint de la rédaction du magazine L'Express. «Il s'agit de concilier l'impératif d'instantanéité d'Internet et la réflexion qu'exige l'hebdomadaire», ajoute-t-il, en résumant la stratégie du groupe par la formule: «Le Web permet d'aller plus vite, l'hebdomadaire permet d'aller plus loin».
«Il s'agit d'utiliser au mieux le site pour réagir rapidement», explique Corinne Denis, responsable rédactionnel du site Web du magazine. «Nous actualisons les informations tous les deux jours et le site nous permet de compléter les articles du magazine avec des biographies, des fiches géopolitiques ou des chronologies».
Pour Anne Chaussebourg, directrice déléguée du Monde, l'affaire Méry marque «l'amorce d'une vraie synergie entre le support papier et le numérique». Si la plupart des informations présentes sur le site ont été ensuite publiées par le journal, le Web permet de fournir aux lecteurs des documents qui ne peuvent pas trouver leur place dans le quotidien.
«Nous avons mis en ligne l'intégralité du décryptage de la bande vidéo de Jean-Claude Méry, ou récemment le document de Jean-Pierre Chevènement sur la Corse», souligne-t-elle.
La vidéo de Jean-Claude Méry, explique Oliver Puech, rédacteur au Monde interactif, a permis de réaliser «un cercle vertueux» entre le papier et la Toile en offrant au lecteur l'accès au document original.
On retrouve ce souci de complémentarité sur le site créé par Le Monde pour les Jeux Olympiques, qui offre également des animations en mode flash des infographies publiées par le quotidien ou, pendant le week-end, des papiers exclusifs des envoyés spéciaux à Sydney.
Si la diffusion d'informations exclusives sur le Web permet d'accentuer leur médiatisation, elle présente aussi l'avantage de générer du trafic sur les sites.
«toutlemonde.fr» a réalisé jeudi sa troisième meilleure audience depuis sa création, avec quelque 40 000 connexions supplémentaires par rapport à une moyenne de 80 à 100 000.
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