La sécurité nationale canadienne menacée par un logiciel piégé?

Le Canada serait sur le point de relancer les débats autour d'un des plus grands mystères que les États-Unis ont connus au cours des vingt dernières années: le prétendu logiciel-espion Promis.

Toujours sans conclusion, cette histoire a été reléguée au niveau de théorie de conspiration aux États-Unis, mais les inquiétudes des divers corps chargés de la sécurité nationale canadienne pourrait la faire revivre.

La saga Promis a débuté au début des années 80 quand Bill Hamilton et sa femme Nancy, fondateurs de la compagnie Inslaw, ont reçu une subvention de près de 10 millions$ US du gouvernement américain pour la création d'un logiciel destiné à faire parler entre elles les différentes bases de données du système gouvernemental, surtout au profit du département de la Justice (DOJ).

Malheureusement pour Bill Hamilton, il semble que son logiciel se soit avéré un peu trop efficace. Aussitôt une première version livrée, le DOJ se serait appropriée le logiciel, refusant de payer le moindre dollar à Inslaw et reniant leur implication dans sa création. Après de longues années de procédures judiciaires, un juge a finalement conclu qu'il n'existait pas de preuve suffisante en faveur de Inslaw et a relegué le dossier aux oubliettes.

Avant même que la première version de Promis ne soit livrée, le DOJ avait déjà un plan bien arrêté en tête. Ce plan prévoyait d'abord la transformation de Promis en logiciel destiné à son service d'intelligence internationale, capable de traiter et de mettre en relations des données de toutes sortes. Ensuite, soliciter la collaboration d'Israël dans le projet. D'ailleurs, Bill Hamilton soutient avoir reçu la visite pendant la création de Promis d'un Israëlien se faisant passer pour un procureur dans son pays. Ce n'est que plus tard qu'il a appris que ce «procureur» était en fait un espion israëlien, probablement envoyé par les États-Unis pour qu'Israël s'initie au potentiel du logiciel.

Ensemble, Israël et les États-Unis auraient créé des versions modifiées de Promis destinées à être revendues à d'autres nations. Cette nouvelle particularité comportait une fonctionnalité de plus que celle utilisée par les deux créateurs: une porte dérobée qui leur permettait d'accéder en quelques touches à une somme incroyable d'informations privilégiées.

Le Canada, terre Promise...?

C'est ici que le Canada entre en ligne de compte. Ce que la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) a découvert, en collaboration avec le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et probablement, discrètement comme à l'habitude, du Centre de la sécurité des télécommunications (CST), c'est que le Canada pourrait être un des clients du couple israëlo-américain, ce qui suppose de toute évidence une grande menace à la sécurité nationale.

Comme si le problème n'était déjà pas suffisamment compliqué, les enquêteurs de la GRC, affectés au dossier depuis au moins 18 mois selon ce qu'a découvert le Toronto Star, doivent trouver la réponse à trois questions:

  • Le Canada utilise-t-il Promis?
    La réponse à ce problème en soit pose plus de problèmes que l'on pourrait croire, le Canada ayant toujours démenti l'utilisation de ce logiciel, notamment pendant que Inslaw et le DOJ était devant les tribunaux.
  • L'a-t-il obtenu légitimement?
    Selon Bill Hamilton, sa compagnie n'a jamais vendu la moindre license au Canada. Par conséquent, si Promis est utilisé au pays, les chances sont qu'il a été obtenu auprès du DOJ américain.
  • Comporte-t-il une porte dérobée permettant aux États-Unis et à Israël d'espionner le Canada en toute impunité?
    Là encore, la question n'est pas simple puisque, selon les experts informatiques interrogés par le Toronto Star, une porte dérobée savamment placée pourrait être absolument indétectable, même si on en connaît l'existence. Même en ayant accès au code source du logiciel, les problèmes du Canada seraient loin d'être terminés puisque le code de la version originale de Promis, créée par Inslaw, serait long d'environ 570 000 lignes de code.
  • À la lumière de ces questions, la conclusion de l'enquête risque de se faire attendre encore très longtemps, advenant qu'elle soit rendue publique. Pendant ce temps, peut-être, les services d'espionnage américains et israëliens se servent à volonté dans les bases de données canadiennes. Sans compter qu'on risque à tout moment de déclencher un incident diplomatique et de réveiller aux États-Unis une bête qui dormait paisiblement depuis plus de dix ans.

    Jean-François Codère

    Le magazine Wired a diffusé il y a quelques années les résultats d'une enquête du journaliste Richard L. Fricker, qui a duré près de deux ans
    Les politiciens canadiens demandent au gouvernement d'ouvrir une enquête sur le sujet, selon le Toronto Star


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