(AFP) La généralisation de l'Internet dans les établissements scolaires bouscule les enseignants, qui se retrouvent en première ligne face à des élèves parfois plus «initiés» qu'eux au clic et à la souris, alors qu'ils sont encore loin d'avoir été tous formés aux nouvelles technologies.
«Le système éducatif est bousculé par une révolution des matériels et des contenus, et aussi par le fait que les enfants en savent désormais plus que les enseignants dans certains domaines. On ne peut pas ignorer cela», dit Daniel Subervielle, inspecteur des écoles primaires à Tyrosse dans les Landes.
«C'est difficile de faire repartir un enseignant à l'école, il ne supporte pas de ne pas savoir, surtout devant ses élèves. Ceux qui acceptent que les enfants leur apprennent sont rares», ajoute Jacques Lajus, instituteur animateur informatique dans le même département.
«Mais c'est un peu facile de leur casser du sucre sur le dos», ajoute-t-il. «A 50 ans, quand vous avez 30 marmots devant vous, et que vous lancez une application informatique que vous ne maîtrisez pas, ce n'est pas évident à admettre. Beaucoup d'enseignants ont cru qu'en faisant le dos rond, ils arriveraient à échapper à l'Internet comme ils ont freiné sur l'utilisation de l'audiovisuel en classe. Mais maintenant la pression est trop forte, tout le monde devra s'y mettre», ajoute-t-il.
Malgré le plus faible taux d'équipement (35% des écoles connectées), le primaire est le secteur où l'on trouve le plus d'activités pédagogiques innovantes et le plus d'enthousiasme pour l'intégration des nouvelles technologies à la pédagogie, indique-t-on au ministère.
Au lycée, la réforme des travaux personnels encadrés (TPE), qui doit entrer en vigueur au deuxième trimestre de l'année scolaire 2000-2001, devrait favoriser l'utilisation de l'Internet en développant le travail multidisciplinaire en équipe. Reste le collège, où pour l'instant, c'est le «calme plat» en raison notamment des cloisonnements entre disciplines qui restent très forts.
L'Internet pas vraiment intégré à l'apprentissage quotidien
Jusqu'à présent, les pionniers du net à l'école réservent le web à des activités périphériques comme le soutien scolaire ou le journal du lycée. «Ils ne l'ont pas encore vraiment intégré au quotidien des apprentissages», souligne un inspecteur d'académie.
L'Internet favorise une pédagogie «active», chère au pédagogue Célestin Freinet, où l'élève construit tout seul ses connaissances. L'enseignant devient un «organisateur» qui aide l'élève à «faire le tri». Il perd le rôle traditionnel du maître qui déverse le savoir sur l'élève en cours magistral. D'où le malaise.
«Cela va donner envie d'apprendre, surtout aux enfants en difficulté. C'est une chance historique pour les enseignants à condition qu'ils établissent des ruptures avec leurs pratiques qui sont devenues de vrais systèmes», note un inspecteur.
«Avec Internet, les enfants prennent en charge l'emploi du temps de la journée, relèvent la boite aux lettres de la classe, s'organisent eux-mêmes. Est-ce qu'on peut vraiment aller vers une telle révolution?» s'inquiète pourtant M. Lajus.
«A mon avis, le travail du professeur n'a pas changé d'un poil», estime pour sa part Gilles Tugendhat, d'Auxifip, filiale du Crédit Agricole qui propose du leasing de matériels informatiques aux collectivités locales. «Ce qui est important, c'est qu'élèves et professeurs aient une liberté totale d'usage contre la tendance des éditeurs à vouloir imposer un contenu», ajoute-t-il.
L'arrivée de l'Internet à l'école a relancé le spectre du plan «informatique pour tous» lancé en 1985 à l'initiative de Laurent Fabius, qui a débouché sur un fiasco, selon lui: «Certaines écoles ont encore dans leurs placards de vieux ordinateurs TO9 de Thomson qui n'ont jamais servi, c'est incroyable».
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