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Quelle couverture de la Convention républicaine par les médias «.com»?

Canoë 
31/07/2000 17h13 

Les médias américains en ligne voleront-ils la vedette journalistique à la Convention nationale du Parti républicain, qui s'est ouverte aujourd'hui à Philadelphie?

Trop tôt pour le dire, mais une chose est sûre: pour la première fois, le Parti républicain doit tenir compte des médias sur le Web.

En 1996, aucune entreprise de presse «.com» n'avait couvert les conventions des Partis démocrate et républicain. En juin dernier, nous rapportions que des télés sur le Web couvriront les conventions des deux grands partis cet été (les élections auront lieu en novembre), une première. Paradoxalement, ces conventions attirent moins les «vieux» médias qu'il y a quatre ans (voir notre article).

La convention du GOP (Grand Old Party, surnom du Parti républicain), qui rassemble plus de 2 000 délégués, doit se terminer le 3 août. Les observateurs prédisent un ennuyant exercice de relations publiques, car le candidat George W. Bush n'a aucun rival. Malgré la présence de 15 000 journalistes du monde entier, les grands réseaux de télévision américains boudent l'événement. Pendant ce temps, les cyberjournalistes jouissent d'un espace réservé, surnommé «Internet Alley», au Comcats-Spectacor's First Union Center de Philadelphie où se déroule la Convention.

Pseudo.com, télévision Web fondée en 1994, offre une couverture interactive: d'entrée de jeu, l'internaute est d'emblée connecté à un chat où il peut parler politique avec des compatriotes (50 canaux de discussion, un par État américain). La discussion est vraiment politique: au moment d'écrire ces lignes, quelques New-yorkais discutaient des crimes de Staline tandis que l'influence de l'affaire Napster sur le vote animait les internautes du «canal Floride».

Il est aussi possible de réaliser, grâce à Pseudo.com, sa propre «couverture» de la convention en zappant d'une caméra à l'autre (cinq points de vue à 360 degrés) et en mariant ces images à six flux audio, au choix. S'ajoute une production de Pseudo.com, GOP-TV. Novateur, mais le gadget audio-visuel est excessivement lourd, même avec une connexion haute vitesse et un ordinateur dernier cri, et nécessite la dernière version de RealPlayer.

Le cybermédia ZDNet révélait hier l'existence d'un projet baptisé lsightmag.com, fruit d'une alliance entre The Washington Times, Apple Computers et le fabricant d'ordinateurs Xybernaut. Les reporters d'Isightmag.com, armés de caméras numériques, doivent sillonner le plancher de la Convention. Le site en question était cependant introuvable aujourd'hui.

Tant pour Pseudo.com qu'Isightmag.com, nous avons dû abandonner, faute de patience… et laisser une question sans réponse: à quoi sert la télé sur le Web si elle ne fait que se limiter à une couverture à la fois continue et superficielle de l'événement, comme le fait le réseau CNN depuis 20 ans?

Du côté des grands médias et des portails, on a sorti l'artillerie lourde. MSNBC, par exemple, avec plusieurs textes quotidiens et des reportages vidéo, a déjà assez de «contenu» pour concurrencer n'importe quel média traditionnel. Il ajoute aussi plusieurs sondages en ligne, des chats avec des personnalités et quatre écrans interactifs (sur les intentions de vote, les dossiers chauds, les moments-clés de la campagne de George Bush et un formulaire de questions destiné aux reporters et animateurs). La section spéciale («Full Coverage») de Yahoo!, est aussi très complète, tout comme celles des grands journaux américains (décrites en détail aujourd'hui dans Editor & Publisher).

Le Web permet à ces grands groupes de communication d'étendre considérablement leur couverture, de l'essentiel au superflu. Mais l'internaute demeure généralement dans le domaine de la politique-spectacle, traitée comme les sports: deux équipes s'affrontent pour remporter un match, avec force détails sur les «performances» des uns et les «erreurs» des autres (pour faire durer le suspense...). Sans oublier quelques images de manifestants et de policiers.

Pour des analyses originales, il faut se tourner vers les cybermédias dits alternatifs. Le cybermagazine Salon, par exemple, ou l'iconoclaste Feed magazine (qui a fusionné récemment avec Advance, Alt-Culture, Lycos et Suck). L'Independant Media Center de Philadelphie, maillon d'un réseau international, diffuse des textes de journalistes militants qui, sans le Web, ne trouveraient preneurs. Nouveauté, des sites Web entièrement dédiés à la politique américaine se mêlent de couvrir la Convention, tels Grassroots.com, politicallyblack.com et Women.com.

Le Web et les nouvelles technologies de la communication permettent-elles une meilleure couverture d'un événement à la fois complexe et prévisible comme la Convention républicaine? Pour l'Online Journalism Review (publiée à l'University of Southern California), il est trop facile de pointer une caméra Web sur un événement en se contentant de diffuser les images en ligne. De plus, les nouveaux cyberjournalistes n'arriveraient pas à mobiliser la frange militante de l'opinion publique.

Jean-Sébastien Marsan








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