Certains internautes délaissent temporairement l'Internet pendant la saison estivale. Vacances, voyages, beau temps, plusieurs facteurs contribuent à détacher l'internaute de son ordinateur. Surprise: il y a une vie hors du Net!
Charles Trahan, webmestre du Refuge global (site d'émissions radiophoniques de la Société Radio-Canada), utilise évidemment le Net pour son travail, mais depuis juin il a cessé de surfer à la maison. «Je devrais même me débrancher, parce que présentement je paie pour être branché à l'Internet mais je ne l'utilise pas», déclare-t-il.
Pour Charles Trahan, l'ordinateur, simple outil, «n'a pas sa place dans les activités de loisir. Et quand il pleut l'été, pour moi c'est davantage un temps pour lire.»
Drogué d'information, Charles Trahan subit aussi la saison morte médiatique. «L'Internet, je m'en sers plus pour m'informer que pour le chat ou le divertissement, et l'été n'est pas une saison pour s'informer, observe-t-il. Je ne ressens pas le besoin de m'informer à la minute, ça peut attendre au téléjournal ou au lendemain, dans les journaux…».
«Ça n'a pas été volontaire, mais j'ai délaissé Internet parce que la vie m'a rattrapé», confie François Privé, professeur de philosophie au cégep d'Alma. «La vie», ce sont ses enfants qui n'ont pas de gardienne, sa conjointe en vacances, des réparations à sa maison, etc. «Et je ne me porte pas plus mal sans l'Internet, jure-t-il. Ma seule crainte, c'est que j'ai au moins 80 messages en attente et je n'ai pas envie de les voir!»
«Ce qui a cassé mon beat de maniaque du Net, ce sont des voyages, à New York à Pâques et à Cuba cet été, raconte François Privé. En revenant, je me suis rendu compte que mes habitudes sur le Net étaient prévisibles, que je consultais mes courriels à des heures régulières. Je crois que les vacances cassent nos cycles et c'est pour ça que je délaisse Internet. C'est hygiénique, parce qu'on ne se rend plus compte qu'on perd du temps sur l'Internet.»
Charles Trahan considère lui aussi sa pause estivale comme un ressourcement: «Pour être capable de faire de la création dans les médias, il faut faire autre chose que d'être branché devant un écran d'ordinateur. C'est sain. Ça fait cliché, mais quand tu n'es plus capable d'observer ce qui se passe dans la vraie vie…».
«L'été, c'est un temps pour rencontrer des gens, dans la rue, dans des cafés», rappelle Ann Cascarano, étudiante à l'Université Concordia (Montréal). Internaute pendant une heure le matin et une autre heure le soir en moyenne, elle se livre quotidiennement à une routine virtuelle: courriel, lecture de journaux et de magazines en ligne, un peu de recherche pour ses travaux universitaires. «L'été, il y a toutes sortes de choses intéressantes à faire à Montréal, ça m'arrive de passer deux ou trois jours sans toucher à l'ordinateur, ce qui est rare», dit Ann Cascarano.
Nadia Gosselin, auteure d'un site personnel de poésies intitulé Sensualité et autres futilités refoulées, a elle aussi délaissé la navigation sur le Web depuis quelques semaines. «Mais pour ce qui est de la mise à jour de mon site, il n'y a pas de différence. Même que j'écris davantage l'été, parce que je suis en contact avec la nature.»
Malgré l'informatique, Nadia Gosselin a conservé l'habitude d'écrire à la main. «L'inspiration me vient au bord de l'eau ou au milieu de la journée, et j'ai toujours un cahier et un crayon dans la poche», confie-t-elle. Comme quoi le Web et le plaisir des sens ne sont pas incompatibles…
Jean-Sébastien Marsan