«L'affaire Contentville» se poursuit, cette fois sur le front du droit d'auteur des journalistes indépendants. Présentement en négociations avec la National Writers Union (NWU) des États-Unis, le site new-yorkais Contentville est par le fait même confronté à la Periodical Writers Association of Canada (PWAC).
La PWAC, qui a reçu à ce jour 35 plaintes de journalistes et de rédacteurs surpris de voir leurs textes en vente sans leur autorisation dans Contentville, a demandé à ses membres et à la «communauté des écrivains canadiens» (des non-membres de la PWAC) de vérifier attentivement si le site ne vend pas leurs textes. Selon Victoria Ridout, directrice générale de la PWAC, avec 35 plaignants le nombre de textes atteint «la centaine».
Mme Ridout confie que parmi les plaignants figure la célèbre romancière Margaret Atwood (qui n'est pas membre de la PWAC mais bien de la Writers' Union of Canada). Mondialement connue pour ses romans et sa poésie, Margaret Atwood offre également sa plume à de nombreux magazines.
La PWAC a chargé la NWU de représenter ses intérêts dans la négociation avec Contentville. De plus, elle a demandé aujourd'hui à CANCOPY (organisme sans but lucratif créé en 1988 pour administrer le droit d'auteur d'écrivains et d'artistes canadiens) de négocier un contrat de gestion du droit d'auteur avec Contentville.
Rappelons que Contentville, lancé début juillet par l'éditeur new-yorkais Steven Brill (aussi fondateur du magazine sur les médias Brill's Content), est un cybercommerce destiné aux drogués de l'information prêts à payer pour des livres, des archives de plus de 1 800 journaux et magazines, des discours, des allocutions ainsi que des mémoires et thèses universitaires. La révélation la semaine dernière par Multimédium de la vente de thèses universitaires québécoises dans Contentville (voir notre article) a créé un émoi dans le milieu académique.
Si la vente de thèses via ce site Web est légale au Canada (voir notre article), le commerce d'articles de magazines sans l'autorisation des auteurs demeure plus controversé. Selon le droit d'auteur, un journaliste indépendant conserve le droit de publication de ses textes, à moins d'y renoncer par écrit. Selon la PWAC, les plaignants n'ont pas cédé leur droit d'auteur.
Aux États-Unis, Contentville continue de s'attirer les foudres de nombreux éditeurs et journalistes. Dans un article au vitriol publié cette semaine, l'hebdomadaire new-yorkais The Village Voice accuse Contentville d'avoir pillé des centaines de ses articles, sans permission. Selon l'éditeur du Village Voice, Contentville.com a obtenu les articles en puisant dans une base de données de l'entreprise d'archivage EBSCO.
Le contrat entre EBSCO et The Village Voice, signé en 1994, ne prévoyait la diffusion d'articles que dans un but éducatif, soutient l'éditeur de l'hebdomadaire (ironiquement, les archives du Village Voice sont disponibles gratuitement sur son site Web!). Steven Brill a répondu au Village Voice que la vente de ses archives n'est pas une surprise: le moteur de recherche Northern Light les offre depuis longtemps à 2,95$ l'article et ce commerce n'a jamais causé scandale, argue-t-il (voir la lettre de Steven Brill dans le site du Poynter Institute).
Parlant du Poynter Institute (un éditeur et école américaine de journalisme), on peut aussi lire sur son site une lettre d'appui à Contentville signée par un responsable du New York Times. L'éditeur du quotidien affirme que Contentville ne pratique que la «syndication» (publication simultanée dans plusieurs médias), qui est monnaie courante aux États-Unis. À noter, les archives du New York Times des 365 derniers jours sont disponibles dans Contentville.
Steven Brill, souvent présenté comme un «gourou» de l'éthique journalistique, a assuré à la National Writers Union son entière collaboration, s'engageant la semaine dernière à négocier une entente rétroactive au lancement de Contentville ( le 5 juillet dernier).
Jean-Sébastien Marsan
Notre article sur la légalité de la vente de thèses dans Contentville
Notre article révélant la vente de thèses québécoises dans Contentville
Notre article sur le lancement de Contentville