Né en novembre dernier à Seattle lors des manifestations anti-OMC, l'Independant Media Center, sorte d'agence de presse virtuelle, développe aujourd'hui sa conception militante et participative de l'information sur le dernier point chaud de la lutte à la mondialisation: Millau, France.
Se définissant comme un contrepoids aux «distorsions corporatives» de la couverture des grands médias américains comme CNN, le premier Independant Media Center a vu le jour à Seattle en prévision de la conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Réseau virtuel de journalistes militants indépendants (pas de subventions, de commandites, ni d'appartenance à une entreprise de presse), l'Independant Media Center a produit des textes, photos, reportages radio et vidéo libres droits d'auteur que les médias affiliés pouvaient reproduire via l'Internet, assurant ainsi une couverture alternative en direct des événements de Seattle (pour mémoire, la ville a été le théâtre de manifs, d'affrontements musclés avec les forces de l'ordre, et la conférence s'est terminée en queue de poisson suite à l'opposition des pays en voie de développement).
Le journalisme militant en direct sur le Net se prétend beaucoup plus proche de la «société civile branchée» que la presse traditionnelle. De passage à Montréal le 12 mai dernier au colloque Lizette-Gervais (organisé par des journalistes québécois), le militant français Patrick Farbiaz avait déclaré que les journalistes, «courroies de transmission de la mondialisation néolibérale en cours», avaient «de la difficulté à saisir les mouvements sociaux sur Internet, réseaux fluides, éphémères, transnationaux.» Affirmant que la réunion de Seattle aurait été tout autre sans la mobilisation via l'Internet, il s'est dit convaincu que «le modèle produit par les mouvements sociaux alternatifs sur Internet est profondément contradictoire avec celui des médias traditionnels.»
Aujourd'hui, on compte neuf Independant Media Center aux États-Unis, quatre au Canada anglais, un à Mexico, un à Londres, un en Italie, un en Belgique, et le dernier-né en France. Un site Web américain les fédère. Leur slogan: «Notre lutte est globale, comme leur Capital.» Leurs moyens aussi sont globaux, car l'Internet est un outil de mobilisation vital pour ces militants nouveau genre.
Le chapitre français de l'Independant Media Center ne tombe pas du ciel. Dans deux jours aura lieu à Millau, petite ville près de Toulouse, le procès de José Bové, cet éleveur de brebis français accusé d'avoir «démonté» un restaurant McDonalds en construction le 12 août 1999. José Bové et 300 éleveurs protestaient contre la surtaxation américaine du fromage de Roquefort produit en France. Celle-ci constituait une mesure de rétorsion contre l'Union européenne, qui venait de cesser l'importation de viande aux hormones en provenance des États-Unis.
Emprisonné avec une douzaine de manifestants, José Bové a refusé d'être libéré, ce qui l'a transformé en héros. Il a par la suite pris les rênes d'un mouvement de protestation de la paysannerie contre la «malbouffe» (les organismes génétiquement modifiés) et la libéralisation du commerce international. De son combat il a récemment tiré un livre, Le monde n'est pas une marchandise.
Le comité de soutien à José Bové attend de 30 000 à 50 0000 personnes le 30 juin à Millau. Autant de militants et d'observateurs qu'à la conférence de Seattle, mais dans une petite ville de 23 000 habitants! (voir l'article du quotidien Le Monde)
Alun Griffiths, un journaliste et militant britannique qui a participé à l'élaboration de la branche française du réseau des Independant Media Centers, nous a déclaré que de 30 à 50 personnes travailleront avec lui à Millau le 30 juin et 1er juillet.
Jean-Sébastien Marsan
Independant Media Center (la fédération)
Independant Media Center France