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Fernando Espuelas, P.D.G. de Star Media: le révolutionnaire libéral

Canoë 
31/05/2000 17h09 

«Terra-Lycos veut concurrencer AOL dans trois ans. Qui prend cela au sérieux?» Sûrement pas l'Uruguayen Fernando Espuelas, le jeune président et P.D.G. de la success story Internet d'Amérique latine Star Media, de passage à New York pour inaugurer une série de conférences sur le commerce électronique interentreprises.

Commentant la récente fusion annoncée entre le portail espagnol Terra (filiale du groupe de télécommunications espagnol Telefonica) et l'Américain Lycos (voir notre article), M. Espuelas a déclaré aujourd'hui à l'ouverture de l'International Network 2000: «Lycos n'est un leader nulle part au monde, et Telephonica n'est un leader qu'en Espagne. L'idée d'un gros monopole téléphonique espagnol qui s'allie avec une compagnie Internet américaine est peu surprenante.»

Fernando EspuelasC'est qu'il a de l'assurance, Fernando Espuelas. Fondateur de Star Media en 1996, il a développé des portails en espagnol et en portugais avec, pour marché, toute l'Amérique latine et les hispanophones des États-Unis. Marque de commerce incontournable en Amérique du Sud, Star Media a «levé des fonds de plus de 500 millions$ et signé des ententes avec plus de 110 partenaires stratégiques», selon les notes de présentation de l'International Network 2000 (organisé à New York par Rising Tide Studios, l'éditeur du magazine Silicon Alley Reporter).

Star Media affirme que ses portails ont totalisé 1,2 milliard de pages vues au dernier trimestre de l'année 1999. Les revenus de la compagnie ont atteint neuf millions$ US au dernier trimestre de 1999, contre 3,3 millions$ à la même période l'année précédente.

L'Internet en langue espagnole attire 28 millions d'Internautes, a rappelé M. Espuelas, qui a souligné à grands traits que «l'Amérique latine est le marché qui croît le plus rapidement», que «50% de la population d'Amérique latine a moins de 30 ans» et que «10% des investissements au Brésil l'an dernier étaient destinés aux entreprises Internet».

La petite flèche empoisonnée à l'endroit de son futur concurrent Terra-Lycos mise à part, M. Espuelas a préféré suivre le texte de son allocution, témoignage d'un entrepreneur de l'Internet d'Amérique du Sud.

Internet est «révolutionnaire», Star Media multiplie les initiatives «révolutionnaires», a scandé le P.D.G., qui se disait pourtant conscient que sur le Net, le terme «révolutionnaire» est un cliché. Et en Amérique latine, on ne s'improvise pas révolutionnaire.

Si «révolution» il y a, c'est surtout sur le plan socio-politique. Avec le Net, «pour la première fois hors du monde anglo-saxon, l'individu est un moteur de changement social», a souligné M. Espuelas. Historiquement, a poursuivi l'orateur, les institutions ont pris beaucoup de place en Amérique latine: dictatures, monopoles d'État et privés, capitaux et technologies peu accessibles, isolement des populations…

«Comment maintenir une dictature avec Internet? Comment imposer le silence?», a demandé M Espuelas, pour qui l'histoire se rappellera de l'an 2000 comme un «tournant», une «nouvelle ère d'optimisme, d'espoir et de changement, pour le mieux». À condition que l'accès à l'Internet, chasse gardée des classes supérieures, se démocratise, a-t-il ajouté.

Et l'homme d'affaires, se disant préoccupé par le fossé entre info-riches et info-pauvres, a conclu que l'Internet offre «l'opportunité historique d'éradiquer la pauvreté en Amérique latine»! Gros contrat pour un continent où le téléphone est un luxe.*

Jean-Sébastien Marsan

 * À New York, à quelques rues de l'immeuble high-tech où se déroule l'International Network 2000, l'auteur de ces lignes loge dans un Bed & Breakfast où l'unique téléphone exige 0,25$ pour un appel local de deux minutes... et il ne peut recevoir d'appels. L'Amérique latine n'est pas si loin.








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