Si les nouvelles technologies peuvent permettre aux policiers d'économiser des heures normalement passées à remplir des papiers, elles leurs font également faire face à de nouvelles sources de criminalité.
La criminalité «technologique» prend deux formes: le piratage informatique proprement dit et les crimes «de la vieille école» à qui la technologie insuffle un regain de vie, notamment pour le crime organisé.
Jean Bourdeau, directeur général adjoint aux enquêtes criminelles de la Sûreté du Québec, est notamment venu déplorer le fait que la police doit faire face à la menace réelle avant de se voir attribuer des budgets. Elle part donc nécessairement avec une longueur de retard sur les criminels.
En plus, elle doit faire face à ce qu'il a appelé «la pensée magique». «Les gens pensent que tout est facile en informatique. Ils voient des démonstrations de piratage et ça a l'air facile. Alors ils se demandent pourquoi la police n'est pas capable de leur mettre la main au collet puisque c'est si facile», a-t-il expliqué.
Pour être plus efficace contre le crime technologique, la police se doit selon lui d'être plus visible sur le Net et de recourir à l'expertise privée lorsque nécessaire. Ces partenaires privés doivent toutefois être choisis avec minutie, au risque de se retrouver dans des situations embarassantes comme ce fut le cas lorsque la SQ a découvert que l'entreprise qui fabriquait le logiciel de recherche en texte intégral NaturelPro, qu'elle utilisait sur des fichiers témoins d'écoute électronique, était à toutes fins pratiques détenue... par un motard criminalisé.
Jean Bourdeau craint de voir un jour une organisation criminelle prendre le contrôle d'un fournisseur d'accès à Internet. L'organisation pourrait ainsi facilement cacher des activités et savoir quand elle est sous le coup d'une écoute électronique. De plus, il serait facile de rentabiliser l'investissement.
Pour contrer cette manoeuvre et plusieurs autres, dont le cryptage des données, il entend proposer à la réunion de l'Association des chefs de police du mois d'août prochain, en compagnie d'autres membres d'un comité, la création d'un centre de recherche canadien de la police. Avec ce centre de recherche, croit-il, les forces policières pourraient cesser d'être à la remorque des criminels.
La recherche pourrait bien être utile à l'extérieur du Canada également, si l'on se fie aux propos de Robert Osgood, membre du National Infrastructure Protection Center (NIPC) américain, une division du FBI. Celui-ci a notamment raconté comment des procédés comme la stéganographie, qui consiste par exemple à dissimuler un message crypté dans le fichier d'une photo d'un ourson, complique le travail des policiers.
Fait intéressant, Robert Osgood a fait remarquer que le scénario de la plupart des films américains produits au cours des dernières années à propos du piratage ne tiennent plus de la fiction. Il a par exemple fait ressortir les films Wargames, Sneakers, Hackers ou The Net.
Le Québec en bonne posture
Même s'il est encore loin d'être parfaitement à l'abri, le Québec est bien protégé contre les attaques informatiques, selon Anne Goudreault, chef d'équipe en consultation chez Ernst & Young.
D'abord, le Québec compte beaucoup d'informaticiens de talent, selon elle. La principale menace viendrait du fait que les experts en sécurité ne sont trop souvent impliqués qu'à la fin d'un projet de développement, quand ce n'est pas jamais, afin de pouvoir lancer le produit le plus rapidement possible.
Les virus n'ont pas que de mauvais côtés. «Les nombreux virus sortis récemment contribuent à la sensibilisation du public et des entreprises», croit-elle.
En résumé, Anne Goudreault affirme que les réseaux québécois sont moins vulnérables que ceux des États-Unis parce qu'ils sont moins exposés, moins poussés sur l'interconnectivité et relativement bien protégés.
Jean-François Codère