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Internet via le portable en Europe: un pari très cher et à haut risque

Canoë 
30/05/2000 17h09 

(AFP) Le rachat du troisième opérateur mobile britannique, Orange, par France Télécom marque un nouvel épisode de la concentration accélérée dans le secteur du téléphone mobile en Europe.

L'onéreuse acquisition, qui coûte 7 200 euros (plus de 10 000$ CA) par abonné, illustre la fuite en avant des opérateurs luttant pour conquérir le futur marché de l'Internet via le portable, au potentiel hypothétique.

Le montant global de l'acquisition d'Orange atteint 50 milliards d'euros (70 milliards$ CA), une somme équivalente au cinquième du budget de l'État français pour 2000, ou encore à celle que la pétrolière TotalFina a déboursé l'été dernier pour acheter Elf.

Ces chiffres peuvent paraître faramineux pour acheter une société qui devrait, selon un analyste, être déficitaire cette année. Mais le véritable enjeu est ailleurs, dans la précieuse licence de téléphonie de troisième génération (UMTS) décrochée par Orange en Grande-Bretagne.

«Oui c'est cher, mais France Télécom n'avait pas le choix. S'il n'avait pas acheté Orange, le français aurait été marginalisé en terme de parts de marché», estime Isabelle Delattre, gérante de portefeuille à Expertise Asset Management. «Et il va falloir du temps pour rentabiliser cette acquisition», ajoute-t-elle.

Les marchés financiers s'inquiètent aujourd'hui de la réalité de cette rentabilité future et, en moins de deux mois, les cours de Bourse des opérateurs ont chuté de 25 à 40%.

Aujourd'hui à Paris, malgré l'annonce, l'action de France Télécom restait stable, bien loin (-36%) de son plus haut historique de 219 euros (307,25$ CA) du 2 mars.

«Le marché de l'Internet par le portable est essentiellement destiné au grand public. Le seul problème, c'est que le porte-monnaie des consommateurs n'est pas extensible à l'infini», contrairement aux entreprises, relève Benoît Flamant, directeur général de la société de gestion IT Asset Management.

D'autres analystes sont plus optimistes: celui d'une banque française estime que «certes, le prix payé paraît démesuré», mais il y a quelques mois, avant la chute du secteur en Bourse, «le prix initialement estimé tournait autour de 13 000 euros par abonné», quasiment le double.

Après le rachat d'Orange, France Télécom, déjà lourdement endetté, est loin d'être au bout de ses investissements, soulignaient aujourd'hui les professionnels.

Aux 50 milliards d'euros dépensés, s'ajouteront le coût futur d'une licence en France, et peut-être en Allemagne, plus les investissements s'ensuivant. Or, les licences, véritable manne pour les États qui les vendent, tournent au cauchemar pour les opérateurs. La Grande-Bretagne les a mises aux enchères, faisant exploser leur prix total à 38,5 milliards d'euros. Pour l'ensemble de l'Europe, on estime leur montant global de 170 à 200 milliards d'euros (voir la dépêche de l'AFP).

En France, deux grands patrons du secteur, Jean-Marie Messier (Vivendi) et Martin Bouygues, critiquent le système des enchères (qui ne devrait pas être appliqué tel quel en France) et la dérive des prix qui, in fine, risque de se répercuter sur le prix aux consommateurs.

Les conditions d'attribution des quatre licences de téléphonie mobile multimédia (UMTS) en France seront annoncées la semaine prochaine, a indiqué aujourd'hui le ministre de l'économie Laurent Fabius. Selon des sources gouvernementales, la France privilégierait une voie moyenne entre la sélection sur dossier et un système d'enchères comme celui retenu en Grande-Bretagne et en Allemagne.

Copyright © 1999 AFP








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