(AFP) Deakin International University, en Australie et FERII au Sénégal: deux universités symboles de la «nouvelle éducation» générée par l'Internet ont donné cette semaine au marché mondial de l'éducation de Vancouver (WEM) une idée de ce que sera l'enseignement supérieur au XXIe siècle.
Deakin, avec six campus, 25 000 étudiants, dont 10 000 à distance, est aussi le premier organisme de formation professionnelle en Australie avec 55 000 inscrits. Bien que publique, elle place résolument l'éducation dans le domaine concurrentiel en se considérant avant tout comme un «prestataire de services d'enseignement» qui «s'adapte» à la demande de ses «clients».
Sandy Godfrey, directrice générale de Deakin, ne s'embarrasse pas de précautions oratoires: «Je sais que beaucoup d'universitaires estiment que l'éducation devrait être gratuite et universelle, mais la réalité est qu'elle a une valeur marchande. Investir financièrement dans son éducation, c'est se garantir des revenus et assurer son avenir», assène-t-elle sur un kiosque de ce premier «marché» de l'éducation qui a lieu jusqu'à samedi.
L'Australie a été un pionnier de l'éducation à distance en raison de l'immensité de son territoire. Puis est devenu le premier pays «exportateur de savoir»". Elle tire plus de trois milliards$ australiens (2,5 milliards$ CA) par an de revenus à l'exportation de cette activité.
«Nous introduisons de nouveaux cours à la demande du marché et en fonction de la rentabilité», ajoute Mme Godfrey. «Nous avons environ 150 accords avec des universités dans une vingtaine de pays. Nous formons beaucoup d'étudiants en Malaisie, Singapour, Hong Kong, Indonésie et Sri Lanka», dit-elle.
Pour garantir le succès de l'enseignement à distance, qui pourrait transformer radicalement l'université du XXIe siècle, Mme Godfrey discerne quatre conditions.
Le savoir ne doit pas être «déversé» sur l'étudiant, il faut une pédagogie appropriée et centrée sur l'élève. L'étudiant doit pouvoir être en contact direct avec son enseignant tuteur. Et avec ses pairs. Il doit aussi avoir accès à de bonnes données en bibliothèque.
Ces conditions sont respectées à Dakar, au Sénégal, où des étudiants pourront s'inscrire à la rentrée dans deux «universités virtuelles», FERII (Formation, Enseignement et Recherches Interactifs sur Inforoutes) et www.shi.sn, pour obtenir des diplômes d'ingénieurs ou de techniciens «en ligne», des filières technologiques qui font cruellement défaut en Afrique.
Ces deux institutions abritent pour l'instant des sites Web expérimentaux, testés depuis deux ans, et financés au titre de la coopération par l'agence de la francophonie. Environ 25 personnes suivent des cours de «test». Loin des objectifs de rentabilité de l'université australienne, les cybercampus de Dakar veulent éviter l'exode des jeunes vers l'étranger.
«Nous allons lancer deux diplômes en ligne à la rentrée: un DUTis (diplôme universitaire technologique) en technologie de l'information, et un DU multimédia en coopération avec les universités du Havre, de Strasbourg et du Mans en France», explique Claude Lishou, maître de conférence à l'université de Dakar et coordinateur de ces projets. Il espère une douzaine d'inscrits (payants) dans chaque section.
Comme à la Deakin University, les étudiants sénégalais resteront chez eux. S'ils n'ont pas le téléphone, les échanges se feront grâce aux nombreux «télécentres» qui fleurissent au Sénégal, jusque dans les villages les plus reculés. Ils communiqueront de la même manière avec leurs tuteurs-formateurs. Et Ils auront accès à des bases de données via un troisième projet de coopération avec les facultés de Grenoble et Rennes.
© 1999 AFP
Les dépêches de l'AFP sur le WEM de Vancouver