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Le démantèlement de Microsoft pourrait freiner l'innovation

Canoë 
30/04/2000 17h07 

(AFP) Le gouvernement américain se pose en champion de la concurrence et des consommateurs en réclamant le démantèlement de Microsoft, mais une telle sanction, si elle devenait effective, risquerait, selon certains, de freiner l'innovation dans le secteur très dynamique de l'informatique.

Le département de la Justice et 17 des 19 États qui ont déposé plainte en mai 1998 contre le numéro un mondial des logiciels, ont demandé vendredi au juge Thomas Jackson de partager Microsoft en deux sociétés, l'une en charge des différentes versions du système d'exploitation Windows et la seconde consacrée aux logiciels (traitement de texte, tableur...).

Le juge Jackson avait estimé le 3 avril que Microsoft avait violé la loi anti-trust américaine en «maintenant son monopole sur le marché des systèmes d'exploitation par des moyens anti-concurrentiels, et tenté de monopoliser le marché des logiciels de navigation sur le web» avec son logiciel Internet Explorer.

«Notre proposition va stimuler la concurrence, promouvoir l'innovation et et donner aux consommateurs des choix nouveaux et meilleurs sur le marché», a déclaré Janet Reno, Attorney General (ministre de la Justice) des États-Unis.

Ces sanctions «ne vont pas limiter la capacité de Microsoft à ajouter de nouvelles fonctions à ses produits ou à innover», a assuré Joel Klein, patron de la division anti-trust du département de la Justice.

Mais Bill Gates, co-fondateur de Microsoft et président du conseil d'administration, a réfuté ces déclarations en estimant que ces propositions, si elles étaits appliquées, «jetteraient un froid sur l'innovation dans le secteur des technologies de pointe».

«Avec de telles règles, Microsoft n'aurait jamais été en mesure de mettre au point Windows», a affirmé Bill Gates. Les restrictions «empêcheraient le développement de la prochaine génération de logiciels», a-t-il aussi dit.

Deux États, l'Iowa et l'Illinois, ne se sont pas joints au département de la Justice, estimant que demander un partage de Microsoft était prématuré, tant que des sanctions imposant des restrictions sévères sur la conduite du groupe n'avaient pas fait leurs preuves.

«Les objectifs du procès peuvent être atteints actuellement sans réorganisation» de Microsoft, a déclaré Jim Ryan, attorney general de l'État de l'Illinois, dans un communiqué.

Dans un éditorial, le quotidien The Washington Post a estimé samedi que «démanteler Microsoft était une solution d'une séduisante simplicité aux problèmes que sa conduite a causés sur le marché de la haute technologie», mais qu'«un tel remède pourrait faire plus de mal que de bien».

«Le monopole du système opérationnel de Microsoft a permis une compatibilité qui a été d'une grande commodité pour les consommateurs, même si Microsoft peut avoir étouffé, en d'autres manières, l'innovation», écrit le quotidien.

L'Association pour la concurrence dans la technologie s'est insurgée contre les propositions du gouvernement américain. «En incluant le gouvernement, à cette étape critique dans le développement de l'économie technologique américaine, nous transférons le contrôle des inventeurs et des innovateurs aux législateurs et aux régulateurs», a déploré Jonathan Zuck, président de l'Association.

Mais pour l'organisation ProComp, les propositions ne vont pas assez loin. «Nous espérons que le juge Jackson va sérieusement considérer la scission supplémentaire des activités de logiciel de navigation et de contenu sur l'Internet, car nous pensons que cela restaurera certainement et rapidement la concurrence», a déclaré Mike Pettit, président de ProComp.

Toutefois, un partage de Microsoft, s'il était décidé par le juge, n'interviendrait que quand la procédure d'appel sera épuisée, ce qui prendra encore plusieurs années.

Copyright © 1999 AFP








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