(AFP) Piratages informatiques, arnaques aux cartes bancaires ou aux téléphones mobiles : la «nouvelle économie» a engendré une «cybercriminalité», aussi mondiale et transnationale que peut l'être le réseau Internet.
Face à cette menace, encore difficile à mesurer avec précision, les grandes puissances industrielles et la Russie, réunies au sein du G8, ont donné rendez-vous aux grandes entreprises de technologie, du 15 au 17 mai à Paris.
Cette lutte contre la cybercriminalité doit forcément être internationale et concertée, et doit aussi concilier des approches parfois divergentes entre Européens et Américains.
«Les services de police et de justice américains souhaiteraient mettre en place des mécanismes ultra-rapides de réaction contre les piratages informatiques, une sorte de cyber-police», explique un expert français. «Nous, Européens, souhaitons maintenir les voies légales habituelles qui permettent de maintenir un haut degré de protection de la vie privée», ajoute-t-il.
Les diplomates, policiers, juges et industriels, présents à Paris à la mi-mai, chercheront à ébaucher une approche commune pour adapter les services de police et de justice à cette nouvelle forme de criminalité internationale.
«Le risque est grand de voir apparaître des paradis d'Internet comparables aux paradis fiscaux, implantés dans des États assurant l'impunité des comportements incriminés dans d'autres pays», indique-t-on à Paris.
Les enquêteurs doivent aussi pouvoir accéder via l'informatique à des données stockées dans un pays étranger, ce qui soulève actuellement des difficultés légales en termes de souveraineté nationale.
Lors de ce G8, les entreprises pourront, pour certaines, exposer les parades technologiques au piratage informatique, telles que le cryptage des données.
D'autres entreprises présentes à cette réunion, des banques ou des sociétés de distribution qui font de la vente sur l'Internet, sont actuellement les principales victimes des escroqueries aux cartes bancaires.
En février, la paralysie de huit des principaux sites internet aux États-Unis par des «hackers», les nouveaux pirates de l'informatique, avait dévoilé de façon spectaculaire cette nouvelle «cybercriminalité» (voir nos articles).
Les statistiques, compilées en France par les services de police, montrent cependant que la majeure partie des délits technologiques sont des escroqueries au téléphone mobile et des arnaques aux cartes de paiement sur les sites de vente sur l'Internet. En 1999, les services de police français ont constaté près de 4 000 cyberdélits.
Mais les chiffres sont peut-être trompeurs. On peut être victime de la cybercriminalité sans le savoir. «Des audits menés aux États-Unis ont révélé que moins de 4% des sites pénétrés avaient détecté l'attaque réalisée», selon les experts français chargés de l'organisation de cette réunion G8.
Cette réunion ne débouchera sur aucune décision, mais ses principales conclusions seront transmises aux chefs d'Etat et de gouvernement des huit pays, qui seront réunis en sommet au mois de juillet à Okinawa, au Japon, a-t-on indiqué au ministère français des Affaires étrangères.
Les débats seront ouverts par le ministre français de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement. Les pouvoirs publics des huit pays (États-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, France, Italie, Canada, Japon, Russie) et le secteur privé s'y exprimeront à parité.
Parmi les entreprises représentées, figureront de grands opérateurs de télécommunications, comme France Télécom, AT&T ou Nortel Networks, des géants de l'informatique comme IBM, Bull ou Microsoft, et des compagnies qui ont bâti leur succès sur l'explosion des services Internet, comme America Online ou Cisco Systems.
© 1999 AFP