(AFP) Les enchères britanniques pour le téléphone mobile de troisième génération se sont achevées aujourd'hui sur un total de près de 40 milliards d'euros (plus de 53 milliards$ CA), dépassant tous les pronostics. Une aubaine pour l'État, mais un investissement qui sera difficile à rentabiliser pour les vainqueurs.
L'abandon du câblo-opérateur NTL, associé à France Télécom, a permis de mettre un terme à l'ascension vertigineuse des prix commencée le 6 mars avec treize candidats en lice pour cinq licences.
Les prévisions variaient alors entre 2 et 5 milliards de livres (entre 4,6 et 11,6 milliards$ CA) pour l'ensemble des licences, sans commune mesure avec les 22,48 milliards de livres (plus de 52 milliards$ CA) finalement atteints.
La méthode britannique est allée «jusqu'à l'absurde», estimait cette semaine Philippe Germond, directeur général de l'opérateur français Cegetel (voir la dépêche de l'AFP).
Selon les analystes, l'emballement du processus a été favorisé par le fait qu'aucun des quatre opérateurs britanniques existants ne pouvait se permettre d'être laissé sur la touche.
La technologie UMTS promet en effet de propulser pour de bon le téléphone mobile dans l'univers de l'Internet avec, à la clé, une explosion de son utilisation.
Les experts prévoient qu'une grande partie du commerce électronique se fera sur ces terminaux qui offriront un accès rapide à la toile et d'autres services multimédia comme la visio-conférence.
Avec de telles sommes, les vainqueurs n'auront toutefois pas trop des 20 ans que dureront leurs licences pour rentrer dans leurs frais et dégager des bénéfices. Si les actions des sociétés concernées ont monté à la Bourse de Londres, les analystes financiers affichaient toutefois une certaine prudence.
«Il faut que les entreprises nous donnent des repères pour justifier les prix payés», a déclaré Tressan McCarthy, analyste chez Credit Lyonnais Securities Europe, à Londres.
Un autre analyste londonien, qui a requis l'anonymat, a estimé que «les évaluations (avancées par les opérateurs) étaient fondées sur des espoirs et des attentes». «Les sociétés doivent s'expliquer», a-t-il ajouté.
L'un des vainqueurs, British Telecom, qui va débourser 4,03 milliards de livres (plus de 10 milliards$ CA) pour sa licence, a indiqué qu'il prévoyait que «l'explosion de la croissance des services de (transmission) mobile de données permettra un solide retour sur investissement sur les 20 ans de la licence».
Vodafone Airtouch, qui a payé le prix le plus élevé (5,964 milliards de livres, soit plus de 13 milliards$ CA), a indiqué qu'il prévoyait de lancer les services UMTS début 2002.
Les deux opérateurs existants, Orange et One-2-One, ont également décroché une licence tandis que la cinquième, réservée à un nouvel entrant, a été remportée par le groupe canadien TIW.
Pour le gouvernement de Tony Blair, l'opération va venir garnir des coffres déjà bien plein mais l'argent servira uniquement «à réduire la dette nette du gouvernement (...), et non à des réductions d'impôts ou une hausse des dépenses publiques», a prévenu le ministère des Finances.
La bonne affaire réalisée par Londres fait réfléchir ses voisins européens qui se préparent également à attribuer des licences. Le gouvernement italien a indiqué aujourd'hui qu'il espérait tirer au moins 12,9 milliards d'euros de l'appel d'offres qu'il va lancer tandis que la France a décidé d'instaurer un «ticket d'entrée» pour réévaluer le prix de ses quatre licences.
© 1999 AFP