(AFP) La troisième génération de téléphones mobiles, ou UMTS, va remplir les caisses de plusieurs États européens, bien décidés à profiter de l'envolée des prix constatée en Grande-Bretagne où les enchères pour l'attribution de licences atteignent déjà 38 milliards d'euros (plus de 51 milliards$ CA).
Le ministère français de l'Économie a proposé il y a dix jours d'instaurer un «ticket d'entrée» pour réévaluer le prix des quatre licences d'exploitation des futurs réseaux à la norme UMTS.
L'Italie, qui avait prévu de faire payer des montants modérés (entre 180 et 258 millions d'euros ou 245 et 351 millions$ CA par licence), examine aussi une réévaluation. La Belgique a fait appel à un consultant pour arrêter des modalités en juin.
La troisième génération mobile à la norme UMTS, qui prendra en 2002 le relais de la norme européenne actuelle (GSM), va permettre l'essor du commerce électronique et des services multimédia sur le téléphone portable.
L'enjeu est essentiel pour les opérateurs de télécommunications mondiaux. S'ils sont déjà opérateurs dans un pays, l'obtention d'une licence UMTS est indispensable pour rester dans la course, et leur valorisation boursière intègre déjà les perspectives ouvertes par l'UMTS.
S'ils échouent, leur valeur peut être divisée par deux du jour au lendemain, selon Philippe Germond, directeur général du deuxième opérateur français Cegetel.
Pour les opérateurs encore absents d'un pays, les licences UMTS permettent de rebattre les cartes et d'y prendre pied: Vivendi a ainsi soufflé au nez de France Télécom la licence espagnole réservée aux nouveaux entrants.
Concrètement, les licences correspondent à des fréquences hertziennes, qui sont des ressources rares et à ce titre concédées par l'État.
L'Europe se divise en deux camps pour leur attribution: d'un côté les partisans des enchères dans la tradition anglo-saxonne comme la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas, la Suisse, pour qui c'est le moyen le plus équitable et transparent de départager les candidats. Les enchères se révèlent une véritable aubaine pour les États concernés. En Allemagne, premier marché européen, elles pourraient rapporter plus de 60 milliards d'euros (plus de 81 milliards$ CA) selon les analystes, alors que le ministre de Finances Hans Eichel tablait au départ sur 740 millions d'euros.
Dans le sud de l'Europe, on a préféré la «sélection comparative» ou «concours de beauté», qui départage les candidats sur la base de critères de qualité (couverture du territoire, investissement projeté, délais de construction du réseau). Le choix sur dossier a pour avantage de préserver les intérêts des sociétés nationales, qui pourraient être disqualifiées par des concurrents étrangers plus riches dans un processus d'enchères.
Dans la sélection comparative, les montants sont symboliques (quelques centaines de millions d'euros) alors qu'en Grande-Bretagne, chaque opérateur va débourser près de quatre milliards d'euros (5,4 milliards$ CA) avant même d'avoir posé la première station radio, soit l'équivalent du coût total de construction du réseau.
«Le système anglais est allé jusqu'à l'absurde», estime Philippe Germond, qui craint qu'un ticket d'entrée trop élevé en France se fasse au détriment de l'investissement, du service, et in fine du consommateur.
Le quotidien économique italien Il Sole 24 Ore observait mardi que «le téléphone mobile est le seul point fort de l'Europe dans l'industrie mondiale des télécommunications». Il rappelait qu'aux États-Unis, «le choix de vendre aux enchères les licences dans la bande 1 900 (l'équivalent du GSM européen) a fait encaisser plusieurs milliards$ à l'État, mais a produit des opérateurs rachitiques et incapables d'expansion».
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