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Phoenix: la ruée vers le «Silicon Désert»

Canoë 
21/04/2000 17h06 

(AFP) «Tout ce que vous voyez, des palmiers à la montagne là-bas, n'existait pas il y cinq ans!», lance fièrement Karl Gentles en scrutant plusieurs kilomètres de routes, bureaux et villas, noyés dans le soleil.

Phoenix, la flamboyante capitale de l'Arizona (surgie comme un mirage au milieu d'un désert de pierres et de canyons), n'est pas seulement célèbre pour ses cactus et ses canicules.

Avec une population de 1,240 million d'habitants, en hausse de 20% entre 1990 et 1998, elle affiche aussi le plus fort essor démographique des villes américaines, devant San Antonio (Texas) et San Diego (Californie)

Humphrey Bogart, qui s'y arrêtait entre deux tournages dans les décors somptueux de l'Arizona, n'en croirait pas ses yeux. La «porte du désert» comptait alors à peine 50 000 habitants.

Dans l'intervalle, l'invention des climatisateurs a tout changé. Phoenix, qui passait pour invivable, avec des températures de 40 degrés et plus, est aujourd'hui une oasis, où les hommes d'affaires, ingénieurs et informaticiens ont supplanté les chercheurs d'or.

Karl Gentles a de quoi se réjouir. Son employeur, le Conseil Economique du Grand Phoenix (trois millions d'habitants), supervise des taux de croissance phénoménaux, avec 40 000 créations d'emplois en 1999.

Jouant à fond la carte informatique, la région est devenue un havre pour des centaines de compagnies high-tech et Internet, d'où son surnom claironnant de «Silicon Desert».

Le groupe Intel, roi du microprocesseur, y possède déjà une usine et s'apprête à en construire une seconde pour deux milliards$.

Neoplanet, société logicielle qui publie en fureteur Web, pensait d'abord s'installer dans la Silicon Valley (Californie), mecque de l'industrie high-tech. Elle a finalement bifurqué sur Tempe, près de Phoenix.

«Je voulais recruter un programmeur qui vivait à Phoenix et refusait de déménager», raconte le P.D.G. de NeoPlanet, Drew Cohen, dans un décor de graphite et d'aluminium aux allures de vaisseau spatial.

L'explosion de l'immobilier dans la Silicon Valley, où la moindre maison s'arrache à 400 000$, a fait le reste. «Mes collaborateurs de San Francisco se sont dit qu'ils trouveraient une meilleure qualité de vie ici», dit-il.

«Dans la Baie de San Francisco, nous aurions été une société parmi un million d'autres. Ici, nous sommes uniques», ajoute le pdg de NeoPlanet. Un privilège non négligeable pour recruter programmeurs et développeurs, une «denrée» très difficile à trouver dans un secteur en pleine explosion.

«Aujourd'hui, nous employons 285 personnes. Il y a un an, à la même date, nous étions 17», relève le P.D.G. de Knowledgenet, Tom Graunke, dont la société, spécialiste de la formation sur Internet, s'est installée à Scottsdale, près de Phoenix.

La région a aussi ses points faibles. L'Université de l'Arizona, sans avoir à rougir, est loin d'être aussi prestigieuse que Stanford (Californie) ou le MIT de Boston (Massachusetts).

Le capital-risque, vital pour les entreprises Internet en démarrage, coule à flots à New York ou San Francisco, pas dans l'Arizona. «Or cet argent est souvent investi dans un rayon de 100 kilomètres», déplore le président de l'Association des Logiciels et de l'Internet de l'Arizona, Ed Denison.

Phoenix n'en reste pas moins aussi déterminée que ses Suns (basket) et Coyotes (hockey sur glace), les héros de la ville. «Tout le monde veut avoir une industrie high-tech. Cela ne pollue pas et apporte du pouvoir d'achat», souligne Ed Denison.

Copyright © 2000 AFP








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