Il y un an cette semaine, le virus Melissa amorçait sa fulgurante propagation qui allait éventuellement mener à l'arrestation de son créateur, David L. Smith.
Les médias spécialisés parlaient alors d'une leçon d'humilité, mais force est d'admettre aujourd'hui qu'elle n'a pas été retenue par tous.
Tel que prévu, Melissa a ouvert la voie à de nombreux autres virus. Sa capacité à se reproduire à la vitesse de l'éclair à travers le Net, en utilisant le courrier électronique et plus spécifiquement le logiciel Outlook de Microsoft. D'aucuns prévoyaient que de malicieux créateurs n'hésiteraient pas à copier la technique pour créer de nouveaux virus, en y attachant cette fois des commandes plus néfastes: chevaux de Troie, formatage de disques, etc.
C'est exactement ce qui fût fait. Au cours de l'année, au moins trois virus d'importance ont employé la méthode introduite par Melissa: Pretty Park, Worm.Explore.Zip et Bubbleboy.
Jamais n'aura autant entendu parler de virus que dans les semaines qui ont suivi l'apparition de Melissa. Puisque beaucoup de médias traditionnels ont relaté l'histoire, des milliers de gens qui n'avaient jamais touché un ordinateur de leur vie ou presque avaient entendu parler de Melissa. Pourtant, le virus n'était pas dangereux et n'avait pour seule conséquence néfaste que l'engorgement des réseaux et des serveurs de courriel.
Toute cette publicité inespérée a permis aux fabricants de logiciels antivirus de faire des affaires d'or. Selon des études disponibles sur le site de la firme d'analyse PC Data (mais vers lesquelles il est impossible de pointer précisément), le plus populaire de ces logiciels, Norton Antivirus, a occupé l'une des deux premières place des logiciels les plus vendus pendant cinq mois à compter du mois d'avril 1999. Il occupait la cinquième position au mois de mars 1999.
Nul doute donc que beaucoup de gens ont appris la leçon et décidé de mieux se prémunir contre les attaques virales. Pas tous cependant comme l'a démontré la résurrection de certains de ces virus, attribuable à la fois aux utilisateurs et aux fabricants de logiciels antivirus. Melissa elle-même (deux fois plutôt qu'une) et Pretty Park ont ainsi eu droit à un deuxième essai.
La faute en ce qui concerne la vitesse de reproduction de ces virus a souvent été imputée au monopole dont jouit Microsoft. Un an plus tard, ce monopole n'a jamais été autant menacé. La montée en flèche de la popularité de Linux, le redressement de Apple qui continue et, surtout, un procès mené par le département de la Justice américain mettent un peu de grisaille dans le ciel de Microsoft... et un peu de gaieté dans le coeur de ses détracteurs!
Jean-François Codère
Les nouvelles parues dans Multimédium entre le 29 mars et le 2 avril 1999