Alors que la charte élaborée par quelques grands journaux quotidiens français est désormais en ligne sur leurs sites, certains responsables des sites incriminés clament leur bonne foi.
«C'est nouveau, ce que l'on fait, explique Michaël Khoi, directeur général de nFactory. C'est difficile à expliquer et les fournisseurs de contenus n'ont pas vraiment compris qu'on essaie de faire les choses dans les règles». Se défendant des attaques portées contre lui et d'autres sites de revues de presse, il estime que les journaux n'ont pas toujours été clairs.
Ces derniers (notamment Les Echos, La Tribune et Le Monde) ont reproché à ces start-up de piller leurs contenus en reprenant les titres et les sous-titres de tous leurs articles du jour. Pour combattre ce qu'ils considèrent du plagiat, ils ont rédigé une charte rappelant à chaque acteur du cyberespace ses droits et devoirs.
Contrairement à ce qu'affirment les responsables des éditions électroniques des journaux, Michaël Khoi explique qu'il tient à être en contact avec les rédactions et signer des contrats pour partager les revenus engendrés par son site. Pour le moment, les journaux qui n'ont rien signé avec lui ne sont pas présents dans ses revues de presse.
Michaël Khoi s'estime intermédiaire entre les groupes de presse et les clients (des portails pour la plupart). Et il affirme que son entreprise n'en est qu'à ses débuts. Les revues de presse ne seront payantes qu'à partir du mois de juin et 50% des recettes seront reversés aux sources de contenus. «Nous sommes pour cette charte à 1000%, souligne-t-il. Il faut qu'une réglementation des contenus sur Internet existe».
Jérémie Berebbi, PDG de Net2One, est aussi au centre de la tourmente grâce (ou à cause) de ses bons résultats financiers. Il assure qu'il essaie de traiter avec les journaux et que si l'un d'entre eux ne désire pas figurer sur Net2One, il l'enlèvera immédiatement. «Le Monde ne voulait pas que ses chapeaux apparaissent sur le site. Allez voir, il n'y a plus que les titres».
«La situation est complètement folle, reprend-il. Au moment même où cette charte sort, des journaux viennent encore nous demander d'être référencés sur Net2One. Et il est faux de dire que nous ne faisons rien. On réfléchit à la technologie depuis janvier 1998. Vingt serveurs "tournent" chez nous et nous seront bientôt cinquante employés».
Juridiquement, Jérémie Berebbi se sent à l'abri en revendiquant le droit de citation qui a, par ailleurs, été défini dans la charte comme illustrant un propos. «La multiplication des citations aboutit à la création d'une anthologie, considérée comme œuvre dérivée, et donc soumise à l'accord préalable de l'auteur», peut-on lire dans la charte. C'est bien le principe d'accord préalable sur lequel les journalistes insistent.
Dans cette affaire, il semble que l'incompréhension mutuelle ait pris le pas sur une discussion claire entre les acteurs pour définir qui fait quoi et comment. Si les nouveaux sites de revues de presse ont peut-être eu une démarche précipitée pour se démarquer le plus vite possible dans la course à la réussite sur le Net, les journaux se sont à l'inverse retranchés sur des positions doctrinales, sans comprendre les nouveaux enjeux. Que la charte puisse réglementer le pillage de contenus, tout le monde le souhaite! Qu'elle en vienne à empêcher l'apparition de nouveaux outils et de nouvelles perspectives d'édition, ce serait dommage...
Déjà, les choses commencent à bouger et chacun clarifie ses positions. Net2One vient de faire paraître un communiqué dans lequel il écrit: «Nous allons dès aujourd'hui respecter à la lettre les souhaits exprimés par les signataires de la charte en faisant parvenir à ceux qui ne nous l'ont pas déjà accordée une demande d'autorisation, et en suspendant (momentanément, nous l'espérons) le référencement de leurs sites».
Elise Colette
Notre article sur la charte
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